USA 2012 : La Convention Hip-hop
The Hip-hop National Convention

Brother Ali, le faux frère de l'Amérique


 

Brother Ali est différent, un peu parce que c'est un albinos barbu de 6 feet 2 inches et 115 kilos, certes, mais surtout car c'est un rappeur du Midwest américain fiché par le FBI qui va à la mosquée et qui parle du printemps arabe. Alors qu'il apparaît à genoux sur un drapeau américain tourné vers La Mecque sur la pochette de son nouvel album, Brother Ali a réussi la prouesse d'aller en prison pour autre chose. Portrait en noir et blanc d'un rappeur aveugle qui ouvre grands les yeux sur l'Amérique.

 

Par Pierre Boisson

 

21 Juin 2012, Minneapolis. Au 4040 de la Cedar Avenue, les 50 personnes qui squattent le trottoir devant la maison de la famille Cruz tranchent avec le calme classe moyenne qui caractérise habituellement cette banlieue pavillonnaire de la ville du Minnesota. Autour de la maison, des flics en Ray-Ban mâchent du chewing-gum, observant les bras croisés et le visage impassible une bande d'excités qui interroge en rythme. « Who's house ? » Plus celle des Cruz, selon la PNC Bank, qui a saisi les murs occupés par la famille d'origine hispanique depuis plus de sept ans avant de les revendre dare-dare aux enchères à un certain Freddie Mac. Le 4040 Cedar Avenue est alors devenu un des symboles de la lutte du mouvement Occupy Homes, né ici même à Minneapolis avant de se répandre dans tout le pays pour protéger les habitants des saisies immobilières entreprises par des banques désireuses de récupérer l'argent prêté aux extravagants taux d'intérêts pré-crise économique. Devant la porte d'entrée, qui affiche encore les marques d'un rapport non protégé avec un bélier de la police, les hommes en bleu font le pied de grue pour empêcher les activistes de reprendre possession des lieux. Sort alors de la foule un albinos d'un mètre quatre-vingt dix de haut et presque autant de large. Le bonhomme tout en contraste – lunettes noires, sourcils transparents, vêtements noirs, barbe translucide – s'avance devant le chef de la police qui l'avertit et lui conseille de faire demi-tour. « Si vous franchissez cette ligne, vous irez en prison. » Le fantôme passe, et un nom résonne au-dessus de la foule. « Brother Ali, Brother Ali ! »

 

Les États-Unis au bout du fusil

 

Brother Ali. Un blase qui tremble plus souvent dans les fosses des salles Hip-hop que devant des pavillons de banlieue. Le nom de scène et de musulman d'un des fleurons du rap indépendant américain, homme et MC inclassable parmi les inclassables. A la différence de la plupart de ses congénères, Brother Ali n'a pas grandi à New York ou à Los Angeles, mais s'est fait le caractère au fin fond du Midwest américain, terre de fermiers, de cuisiniers de crystal meth, de malls où l'on fait ses courses le dimanche après-midi en 4x4 General Motors, et de conservatisme républicain. C'est d'ici, éloigné des machines à rêve d'Hollywood ou de Manhattan, que Brother Ali observe les changements de son pays, se concoctant au fil des années, de ses textes et de ses actes une belle spécialité : chier sur les États-Unis. « L’Amérique vit ses heures les plus sombres depuis les 80's et l'épidémie du crack, matraque en guise d'introduction Brother Ali, dont la manif avec les Occupy Homes lui aura finalement valu un jour et une nuit en prison. Aujourd'hui, les banques prennent les maisons de familles qui habitent ici depuis 10 ans, qui n'ont rien fait de mal, qui veulent rembourser leurs prêts mais qui ont besoin de temps pour rebondir. Mais les banques les virent, rapidement, sans bruit, sans jamais rencontrer personne en vrai. Elles envoient un mail puis la police arrive pour dégager tout le monde. Comment tu veux te battre contre ça ? C'est pour cela qu'on se rassemble et qu'on reste devant la porte des maisons jusqu'à ce que la police nous envoie en taule un par un. C'est la stratégie du gouvernement pour effrayer ou intimider les gens qui s'opposent à lui. »

 

Une bande d'asticoteurs dont Ali fait partie depuis quelques années. En 2007, il sulfatait déjà l'Amérique W. dans « Uncle Sam Goddamn », une chanson en forme de définition. « Welcome to the United Snakes / Land of the thief, home of the slave / […] Smoke and mirrors, stripes and stars / Stoner for the cross in the name of god / Bloodshed, genocide, rape and fraud / Written to the pages of the law, good lord » (Bienvenue aux Serpents Unis / Pays du voleur, maison de l'esclave / […] De la fumée et des miroirs / Des rayures et des étoiles / Camé de la croix au nom de Dieu / Carnage, génocide, viol et fraude / Écris dans les pages de la loi, Seigneur). Brother Ali aime tellement épeler la vérité tout haut qu'il en a fait le titre de trois albums - « Truth is », « The Undisputed Truth » et « Truth is Here ». « Quand il voit quelque chose, quand il n'est pas d'accord avec quelqu'un, il faut qu'il le dise, il ne peut pas faire autrement », certifie Big Samir, membre des Reminders, le groupe qui assurera la première partie de la prochaine tournée d'Ali. Mais après le premier million de vues Youtube engrangé par « Uncle Sam Goddamn », le gouvernement Bush décide de faire taire l'impétueux et applique sa définition toute particulière du fameux premier amendement de la constitution américaine sur la liberté d'expression. Le Département de la Sécurité Intérieure bloque la vidéo, gèle et ponctionne les comptes bancaires de Rhymesayers - le label d'Ali - et invite cordialement ce dernier à donner toutes ses informations personnelles pour alimenter une fiche gardée dans les livres noirs du FBI. Brother Ali 1 – États-Unis 1.

 

 

Le déclin de l'Empire Américain

 

Cinq ans plus tard, le premier président américain black de l'Histoire a remplacé le premier président capable de s'étrangler avec un bretzel de l'Histoire, mais les États-Unis sont toujours en guerre en Afghanistan et en Irak, et la réforme de la sécurité sociale aura pris quatre ans à être validée. Alors, après une tournée en Europe, un voyage à La Mecque et dans les lieux saints de l'islam, le rappeur de Minneapolis s'est envoyé un an de dates à travers les États-Unis, histoire de prendre le pouls de son pays avant les élections et de nourrir l'album « Mourning in America and Dreaming in Color », qui sort début septembre. « J'en ai vu des choses en un an. » La voix gutturale résonne dans le coffre XXL de Brother Ali. « Quand je suis en tournée, je vais toujours dans les quartiers les plus flippants, pour savoir comment les plus pauvres des Américains survivent, pour partager leur culture, leurs sentiments. » Big Samir, qui a déjà eu l'occasion de partager les plongées gonzo d'Ali, abonde. « Il adore faire ça. Quand il vient nous voir au Colorado, il veut aller manger aux endroits où les gens mangent, il veut aller dans les rues dont les gens ont peur. Il veut savoir les histoires de la ville. C'est comme ça que tu peux ressentir un état ou un pays, il faut voir les gens et les rues. » Or, visiblement, les choses qu'Ali a vues ne lui ont pas beaucoup plu. « L'Empire américain est en déclin. Le fossé entre les riches et les pauvres est de plus en plus grand, la classe moyenne tombe dans la pauvreté et on instrumentalise la richesse pour maintenir les plus défavorisés en esclavage. La plupart des villes américaines sont individualistes, contrôlées par les mêmes entreprises, avec les mêmes magasins, les mêmes maisons, les mêmes malls, les mêmes immeubles. Les grandes entreprises nous contrôlent en utilisant des politiques identitaires, en nous montant les uns contre les autres : les musulmans contre les Américains, les gays contre les chrétiens, les blancs contre les noirs... On est dans une société en guerre. » De ce constat acide, Brother Ali a tiré la matière d'un album extrêmement social et politique, au titre évocateur : « Porter le deuil en Amérique et Rêver en couleur ». Mis à part le très personnel « Stop The Press » où Ali dévoile les épreuves traversées au cours des deux dernières années – divorce, suicide de son père, overdose de son pote Eyedea, séparation avec son DJ –, l'album est en soit un discours ciselé sur l’état de l'Union. Après l'introduction de rigueur « Letter To My Countrymen », Brother Ali stigmatise ainsi l'institution de la pauvreté dans « Only Life I Know », la société consumériste dans « Work Everyday », la politique étrangère états-unienne et sa relation au meurtre dans « Mourning in America » (Overseas we can mutilate and mangle / Let me give you an example what our troops are coming back to / Cold cities where the youth are getting strangled / The community in peril and our future looking narrow. Au delà des mers on peut mutiler et massacrer / Laisse moi te donner un exemple d'où nos troupes reviennent / Des villes froides où les jeunes se font étrangler / La communauté est en péril et notre futur en pointillé), avant de finir sur une demande de justice pour Trayvon Martin. Le tour de la question en 14 titres. A l'heure où le swag invite à conduire doucement de très grosses voitures et à déglutir de la codéine comme du petit lait, Brother Ali a donc préféré se faire la nouvelle voix du Hip-hop conscient et politique pour rester là où il a toujours été : à part. 

 

Un albinos dans le Midwest

 

Avant de devenir Brother Ali, le MC a en effet été Jason Newman et comme n'importe quel autre albinos du Midwest perdu dans un âge où la pitié n'existe pas, il a grandi au son des quolibets et des discriminations. Baladé d'école en école au gré des incessants déménagements de ses parents, Ali se présente dans ses nouveaux quartiers avec une formule petit nouveau + albinos + gros qui en fait la cible idéale pour la méchanceté légendaire des enfants. Un jour plus difficile que les autres, qu'il raconte dans « Win Some, Lose Some », il se fait tabasser par trois blancs qui le laissent en sang au milieu de la rue, une prémolaire fendue et le crâne strié d'une cicatrice qui court toujours au milieu du duvet blanchâtre qui lui sert de cheveux. De quoi l'inciter à rester dans l'ombre, lui qui évite de toute façon le soleil qui lui grille la peau. Ali passe donc son enfance dans sa chambre, l'oreille vissée au ghetto blaster. Derrière les basses, du hip-hop. Public Ennemy, KRS-One, Run-D.M.C, Eric B. & Rakim. Un manuel de guérilla qui pose du même coup les jalons de l'identité de Brother Ali. Petit à petit, son absence de pigmentation prend la forme d'un changement de couleur qu'il théorise dans l'album « The Undisputed Truth » :« They ask me if I'm black or white, I'm neither/ race is a made up thing; I don't believe in it / I was taught life and manhood by black men/ So I'm a product of that understanding/ And a small part of me feels like I am them » (On me demande si je suis noir ou blanc, je ne suis aucun des deux / La race est une construction, je ne crois pas en ça / Les noirs m'ont appris la vie et la virilité / Je suis un produit de cette bienveillance / Une petite partie de moi se sent comme si j'étais eux). Quasiment aveugle, le gamin qui lit, aussi vite que ses yeux le permettent, Malcom X et Louis Farrakhan se sent plus proche des blacks de son quartier qui le vannent en le surnommant « Casper le gentil fantôme » que des blancs qui le traitent comme une bête de foire. Il entérine sa transformation en se convertissant à l'Islam après son quinzième anniversaire, peut-être pour enrichir sa collection de persécuté, sans doute pour suivre la voix de la Nation of Islam. « Ce fut une évolution fondamentale, dicte calmement le gros nounours. Pour moi, être musulman, c'est croire à la justice, à la paix, à la sincérité, à la dignité de l'être humain. Et cette année, j'ai pu aller à La Mecque, en Égypte, en Malaisie. La religion m'a énormément appris. »

 

Au milieu de la culture noire, le petit Jason retrouve aussi les racines d'un talent qu'il cultive en secret depuis quelques années. Aveugle mais pas muet, il rappe. La première fois à huit ans au micro de l'église lors de l'enterrement de sa grand-mère. Aux conventions de la NOAH - Organisation nationale pour l'albinisme et l'hypopigmentation -, ensuite. Et à 13 ans, alors qu'il fréquente déjà pas mal de breakers et de B-boy, il assiste à une conférence donnée par KRS-One à la Michigan State University. Lors de la séance dédicace, Ali entame une discussion avec le maître de l'underground qui le fait monter sur scène et lui pose des questions. C'est la naissance d'une vocation qui le conduira en 2000 au Scribble Jam, concours national de battle. A force de vannes et de travail, Ali s'est en effet forgé un talent de show-man qui lui permet à l'époque de détruire tous les MC du coin et qu'il met aujourd'hui à contribution pour faire suer les fronts et hérisser les poils à chacun de ses concerts. Big Samir, habitué à voir le phénomène sur la piste, en sait quelque chose. « On a fait un concert avec lui la semaine passée, détaille-t-il les yeux pétillants. Brother Ali c'est de l'é-ner-gie. Et le pire, c'est qu'il n'a même pas besoin de bouger. Il peut rester là, planté, sa voix suffit. Je sais pas comment il fait ça. » Au Scribble Jam, il tient la même posture face à ses adversaires, bras croisés, eyes contact, sourire en coin.Malgré l'informe T-shirt bleu à carreau qu'il arbore le jour du concours et son habituel teint patibulaire, Brother Ali dribble les tours et se paye une battle épique avec son ami Eyedea gagnée sur un dernier « At less I got a tape » qui fait exploser la salle. Malgré une défaite finale contre Sage Francis qui le crucifie avec le vers « Another black man with Michael Jackson disease » (« Encore un black avec la maladie de Michael Jackson »), la carrière d'Ali est lancée. Multiples collaborations, tournées avec Rakim, GZA, MF Doom, premier album en studio « Shadows on the Sun », encarts dans The Source et Rolling Stone. Le rituel parcours de la gloire.

 

 

Rêver en couleur

 

Sauf que Brother Ali est un mec décidément différent, de ceux qui aiment les chemins de traverse. Alors, pour son nouvel album, censé attirer définitivement la lumière sur sa peau sans mélanine, il a décidé de faireall-in. Production indépendante, avec des instrus assurées par Jake One, pas de featuring qui claque, et surtout une pochette en forme de coup de batte dans la nuque de l'Oncle Sam : à genoux sur drapeau américain, tout de noir vêtu, Brother Ali prie. Pour l'Amérique en deuil (« Mourning in America »), pour un avenir en couleur (« Dreaming in color »), mais plus certainement pour le Dieu qui fait le plus flipper les ricains. Une pochette qui va faire jaser, évidemment, mais pas forcément vendre des disques. « On fait ce qu'on veut, c'est la liberté d'être indépendant. » Ali ne se laisse pas coincer dans les cordes. « On a aucun partenariat, on est un petit label qui n'est ni à New York, ni à L.A. Mais c'est nos fans, notre argent et notre décision. » Comme l'indique son titre oxymore, l'album alterne entre le constat dystopique d'une Amérique en sablier livrée au big business et les notes d'espoirs qu'Ali discerne dans la société américaine. Le rappeur blanc aux textes sombres qui chantait dans l'album Us «  I must be insane / Cause I can't figure a single goddamn way to change it » (« Je dois être fou / Car je ne vois pas un seul putain de moyen de changer ça ») serait-il soudain devenu un joyeux optimiste ? «Optimiste je ne sais pas, mais moins pessimiste c'est sur. J'ai écris la chanson 'Uncle Sam Goddamn'au milieu des années Bush. Je ne voyais alors aucun mouvement, même pas une étincelle. Aujourd'hui, on voit dans le monde entier une réaction globale à une crise globale, que ce soit avec le mouvement Occupy ou avec le printemps arabe. » Une braise sur laquelle souffle l'album tout entier, avec l'évidente intention d'en faire un feu de joie. A chacun de ses textes, le rappeur incite les « gens normaux », les common people, à se bouger les fesses et à prendre la rue.

 

Fortement influencé par Chuck D, avec lequel il a enregistré un titre pour le prochain album de Public Enemy, Brother Ali entend dépasser la musique pour accomplir des changements et des améliorations concrètes au sein de la société. « On ne peut pas croire que les choses vont changer grâce aux élus d'un système corrompu et entièrement acheté par les grandes entreprises. On a besoin d'un tas de gens dans la rue, pour mettre la pression sur les gouvernants et œuvrer concrètement pour ce fameux changement. Si Barack Obama fait quelque chose, ce sera parce que les gens sur le terrain l'auront forcé à le faire. Pas autrement. » Voilà donc la profession de foi d'Ali, qui sent bon les années 80, quand Public Enemy portait des UZI en plastique à la ceinture, quand Chuck D voulait faire du rap le CNN de l'Amérique noire et quand l'activisme hip-hop n'était pas un gros mot. « Ce sont les grandes entreprises qui contrôlent l'industrie musicale qui ont voulu nous convaincre que l'art était seulement du divertissement, qu'il ne fallait pas parler de politique, reprend dans un dernier souffle le MC.Mais quand on fait de l'art, on chronique, on documente ce que signifie vivre dans ce monde. C'est la raison pour laquelle les gens regardent de la peinture, écoutent de la musique, lisent des romans. Le hip-hop, c'est de toute façon politique. Alors le pouvoir politique essaye de le mettre à terre, comme il essaye de mettre à terre tout le reste. » Le frangin Ali, lui, est toujours debout.

 

Texte / Tous propos recueillis par : PB

Photos : Vincent Desailly ( www.vincent-desailly.com )

 

Brother Ali, the bad brother of America


 

Brother Ali is different, partly because he is a bearded albino of 6 feet 2 and 341.7 pounds, but mainly because he's a rapper from the American Midwest, registered by the FBI, a Muslim who speaks of the Arabic Spring. On the cover of his new album, he appears facing the Mecca, whilst kneeling on the American flag, but it’s something else he finds himself in jail for. A black and white portrait of a blind rapper who has wide-open eyes on America.

 

By Pierre Boisson

 

June 21, 2012, Minneapolis. At 4040 Cedar Avenue, 50 people are squatting the sidewalk in front of the Cruz’s family home, which contrasts with the quiet middle class that usually characterize this residential suburb of the Minnesota city. Around the house, cops in Ray-Bans, chewing gum, watch idly and impassively as a bunch of rowdy people scream in rhythm. "Who's house?" No longer the Cruz's, according to the PNC Bank, which seized the walls occupied by the Hispanic family for over seven years before selling it post-haste by auction to a certain Freddie Mac. 4040 Cedar Avenue then became one of the symbols of the Occupy Homes movement, born here in Minneapolis before spreading throughout the country to protect the inhabitants of the foreclosures undertaken by the banks seeking to recover the money lent to outlandish the pre-economic crisis interest rates. The front door still shows the marks of unprotected intercourse with a police battering ram, the men in blue are cooling their heels in order to prevent the activists from resuming possession of the place. And then, out of the crowd comes an albino of 6 ft.2, almost as wide. A man of contrasts - dark glasses, transparent eyebrows, black clothes, translucent beard. He approaches the police chief, who warns him and advises him to turn around. "If you cross this line, you go to jail." A ghost passes, and a name echoes above the crowd. "Brother Ali, Brother Ali!”

 

The United States in the firing line

 

Brother Ali, a blasé more often found in Hip-hop mosh pits than in front of suburban houses. The stage name and the Muslim name of this jewel of American independent rap and a MC unclassifiable among the unclassifiable. Unlike most of his peers, Brother Ali hasn't grown up in New York or Los Angeles, but he cut his teeth at the far end of the Midwest, land of farmers, crystal meth cooks, conservative Republicans and malls you drive to on sunny Sunday afternoons in your GM 4x4. It's here, away from the Hollywood dream machine and Manhattan, that Brother Ali observes the changes in his country and cooks up a nice specialty with his lyrics and deeds: to shit on America. "America saw its darkest hour since the 80's and the crack outbreaks, says as a preface Brother Ali, whose protest with Occupy Homes has finally earned him a day and night in jail. Today, the banks take the houses of the families who have been here 10 years, who have done nothing wrong, who want to repay their loans but need time to recover. But banks throw them out quickly, quietly, without ever meeting anyone in real life. They just send a mail then the police arrive to clear everybody. How do you want to fight this? This is why we get together and why we stay at the door of the houses until the police send us to jail one by one. It is the government's strategy to scare or intimidate the people who are against them.»

Ali has been hanging out with these troublemakers for the last few years. In 2007, he mocked W.'s America with "Uncle Sam Goddamn", "Welcome to the United Snakes/Land of the thief, home of the slave/[...] Smoke and mirrors, stripes and stars/Stoner for the cross in the name of god/Bloodshed, genocide, rape and fraud/Written to the pages of the law, good lord." Brother Ali loves to spell the truth so much that he used it in the title of three of his albums - "Truth is" "The Undisputed Truth" and "Truth is Here". “When he sees something, when he disagrees with someone, let it be clear, he has to say it, he can't do otherwise" certifies Big Samir, a member of the Reminders, the band who will open for Ali's upcoming tour. But after "Uncle Sam Goddamn" raked in its first million views on Youtube, the Bush administration attempted to silence the impetuous and applied him the special definition of the First Amendment of the U.S. Constitution on freedom of expression. The Department of Homeland Security blocked the video, freezed and drained the bank accounts of Rhymesayers - Ali's label - and cordially invited him to provide personal information for his profile to be kept in the black books of the FBI. Brother Ali 1 - USA 1.

 

 

The Decline of the American Empire

 

Five years later, the first black American president in history has replaced the first president capable of choking on a pretzel, but the United States is still at war in Afghanistan and Iraq, and the social Security reform has taken four years to validate. So, after a tour in Europe, a trip to Mecca and the holy places of Islam, the Minneapolis rapper has spent a year touring the U.S., just to check the pulse of his country before the elections and to feed the album "Mourning in America and Dreaming in Color", released early September. "I've seen things in a year." A guttural voice resonates in the XXL chest of Brother Ali. "When I'm on tour, I always go to the city most creepy neighbourhoods to see how the poorest Americans survive, to share their culture, their feelings.» Big Samir, who’s had the opportunity to share the gonzo experimentations of Ali, agrees. "He loves it. When he comes visit us in Colorado, he wants to eat at the places people eat; he wants to go to the streets that people fear. He wants to know the stories of the city. This is how you get to feel a state or country. You must see the people and the streets." Clearly, Ali wasn’t pleased by the things he saw. "The American Empire is in decline. The gap between the rich and the poor is getting wider and wider, the middle class falls into poverty and the wealth is exploited to maintain slavery for the most underprivileged. Most American cities are individualistic, controlled by the same companies, the same shops, the same houses, the same malls, the same buildings. Large companies control us using identity politics, by getting people one against the other: Muslims against Americans, gays against Christians, whites against blacks... We are in a society at war." Based on this acid observation, Brother Ali pulled the material for an extremely social & political album with a suggestive title" Mourning in America and Dreaming in Color ". Apart from the very personal "Stop The Press" where Ali unveils his experiences over the past two years - divorce, father's suicide, overdose of his friend Eyedea, separating with his DJ - the album is like a crafted speech on the state of the Union. Following the formal introduction of "Letter To My Countrymen" Brother Ali continues by stigmatizing the institution of poverty in "Only Life I Know", consumerist society in "Work Everyday", U.S. foreign policy and its relation to murder in "Mourning in America" ​​(Overseas we can mutilate and mangle/Let me give you an example what our troops are coming back to/Cold cities Where the youth are getting strangled/The community and our future in peril narrow looking), before finishing with a claim for justice for Trayvon Martin. Covering all bases in 14 tracks. At a time when swag calls to drive big cars slow, and to swallow codeine like milk, Brother Ali chooses to be the new voice of a self-conscious and political Hip-hop, in order to stay where he’s always been: apart.

 

An albino in the Midwest

 

Before becoming Brother Ali, the MC was indeed Jason Newman and like any other albino of the Midwest, he was lost in a merciless age, growing up to the sound of jeers and discrimination. He wandered from school to school, following the endless relocations of his parents, Ali used to arrive in his new neighbourhoods with the formula: new + small + fat + albino making him a prime target for the legendary evil of children. In "Win Some, Lose Some", he refers to one particular day harder than the others, when he was beaten up by three white guys who left him bleeding in the middle of the street, with a broken premolar and scar to head, still visible amongst the white of his hair. The incident prompted him to stay in the shade, he avoids the sun anyway. Ali thus spent his childhood in his room, listening to his ghetto blaster. Behind the bass, hip-hop. Public Enemy, KRS-One, Run-D.M.C, Eric B. & Rakim. A handbook of guerrilla which would lay the foundations of Brother Ali’s identity. Little by little, his lack of pigmentation takes the form of a colour change he theorized in the album "The Undisputed Truth": "They ask me if I'm black or white, I'm Neither/race is weren't made ​​up thing, I do not believe in it/I was taught life and manhood by black men/So I'm a product of That understanding/and a small part of me feels like I am them". Almost blind, a kid who loved to read Malcolm X and Louis Farrakhan, at least as much as his eyes allowed him to, a kid who felt closer of the blacks guys in his neighbourhood who wind him up by calling him "Casper the Friendly Ghost" than to the white guys who treated him like a freak. He then endorsed his transformation by converting to Islam after his fifteenth birthday, perhaps to enhance his collection of persecutions, probably to follow the voice of the Islam nation. "It was a fundamental shift, says the big teddy bear quietly. For me, being a Muslim is to believe in justice, peace, sincerity, and dignity of human beings. And this year, I managed to go to Mecca, Egypt, Malaysia. Religion taught me a lot.»

Amidst black culture, little Jason also found the roots of a talent cultivated in secret for a few years. Blind but not mute, he started rapping. The first time when he was only eight years old in church for the funeral of his grandmother. Afterwards at NOAH conventions - National Organization for Albinism and Hypopigmentation. By 13, he was hanging out with breakers and B-boys, and he attended a lecture by KRS-One at Michigan State University. At the signing session, Ali started to talk with the underground master, asking him questions whilst on stage. This was the birth of a vocation which would lead him to Scribble Jam in 2000, the national battle competition. With hard work & determination, Ali nurtured his talents as a showman, destroying all the local MCs of the time, who now ask to join him on stage at his concerts. Big Samir used to see the phenomenon in action, knows the story. «We played a gig with him last week, he describes with sparkling eyes. Brother Ali is pure e-ner-gy. And the worst part is that he doesn't even need to move. He can stay still, his voice is enough. I don't know how he does it." At Scribble Jam, he held the same position against his opponents, arms crossed and smirking. Even with the atrocious blue T-shirt he wore on the day of the contest and his usual sinister complexion, Brother Ali still managed to dribble through the rounds and enter an epic battle with his mate Eyedea. He won with a final "At less I got a tape" that blew up the room. Despite a lost finale against Sage Francis who crucified him with "Another black man with Michael Jackson disease." Ali's career was launched. Multiple collaborations, tours with Rakim, GZA, MF Doom, a first studio album "Shadows on the Sun", articles in The Source and Rolling Stone. The ritual path of glory.

 

 

Dream in color

 

Except that Brother Ali is definitely someone special, amongst those who love crossroads. For his new album, intending to draw definitive light on his melanin-less skin, he chose to go all-in. Independent production, beats provided by Jake One, no hot featurings, and particularly the sleeve cover, pictured kneeling on the American flag, all dressed in black, Brother Ali prays: "Mourning in America" for a future in color ("Dreaming in color"), to the God who drives the Yanks ballistic. A cover that will make noise, but not necessarily sell records. "We do what we want to do, it's the freedom of being independent." Ali doesn't get caught in the ropes. "We don’t have any sponsors, we are a small label that’s not based in New York or in LA But it's our fans, our money and our decision. » As suggested by its oxymoronic title, the album alternates between the dystopian observation of an America shaped as an hourglass, abandoned to big businesses and the hopes of Ali in the American society. The white rapper who sang with dark lyrics in the album “US” "I must be insane/Cause I can't figure a single goddamn way to change it". Has he has suddenly became a joyful optimistic? "Optimistic I don't know, but it's less pessimistic that's for sure. I wrote the song 'Uncle Sam Goddamn' during mid Bush. Then I wasn't seeing any movement, not even a spark. Today we see a global response to a global crisis around the world, whether it's with the Occupy movement or the Arabic Spring." A brazier on which the whole album is blowing, with the obvious intention of starting a bonfire. In all his lyrics, the rapper encourages "normal people", “common people,” to get moving and take to the streets.

Heavily influenced by Chuck D, with whom he recorded a song for the next Public Enemy album, Brother Ali intends to go beyond the music to make a difference and tangible improvements in society. "We can't believe that things will change thanks to the elected officials of a corrupt system, all fully bought by large companies. We need a lot of people in the street, to put pressure on governments and to act effectively towards a real change. If Barack Obama does something, it will be because people in the field have forced him to do so. There's no other way". So this is Ali's profession of faith, with an air of the '80s, when Public Enemy were wearing plastic UZI on their belts, when Chuck D wanted to make rap the CNN of black America and when hip hop activism was not a dirty word. "It's the big companies that control the music industry which tried to convince us that art was just entertainment, that say we shouldn’t talk about politics, continues the MC in a breath. But when you're making art, you have to write chronicles, to relate what it means to live in this world. This is why people look at paintings, listen to music, read novels. Hip-hop is political anyway.” So the political authorities try to take him down, as he tries to take down the rest. In the meantime, brother Ali is still standing.

 

Text / All quotes collect by: PB

Isaiah Toothtaker, un bon cocktail d'ultra-violence


Le hip-hop dérangé d'Isaiah Toothtaker est peut-être ce que le rappeur de Tucson a fait de plus sensé dans sa vie. Tatoué intégralement, créateur infatigable, il revendique 400 bastons à mains nues devant témoin et ne parle pas des autres. Si l'Arizona est ce « putain de Far West » qu'il décrit comme le dernier refuge des cow-boys et des indiens, Isaiah Toothtaker, lui, est l'homme qui sort du saloon avec du sang sur la chemise.

 

Par Pierre Boisson

 

 

Une casquette vissée sur le crâne, chemise bleue aux manches longues et teint pâle, Isaiah Toothtaker s'affiche avec le look d'un lycéen qui sort tout droit de son dernier entraînement de basket. Mais comme chaque armure a sa faille, celle de Toothtaker se faufile derrière le col bien serré de sa chemise et s'étale à l'encre bleue et en lettres capitales. « TUCSON » dit le tatouage qui traverse la gorge du bonhomme. « Je suis fier de ma ville, de l'endroit d'où je viens, de ma communauté, sourit-il d'entrée, laissant apparaître l'or qui recouvre ses dents supérieures. J'ai écrit le nom de ma ville sur la gorge à une époque où personne ne portait ce genre de tatouage apparent. Je voulais montrer que j'étais libre et en dehors de la société. Je ne le faisais pas pour attirer l'attention, c'était plus une manière de ratifier mon engagement à être un gangster et à ne plus jamais mener une vie normale. » De fait, Isaiah a extrêmement bien rempli le contrat. Car avant de devenir musicien, tatoueur, vidéaste et presque calme, l'homme a en effet consacré la plupart de cette existence peu ordinaire à une seule chose : la violence. Et il l'a bien fait. Un casier judiciaire long comme le bras, un retrait de ses droits civiques, des condamnations à la pelle, et une peine de prison avec sursis qui l'empêche de sortir de l'Arizona. « J'ai plus de 400 bastons devant témoins à mon actif, inventorie l'arracheur de dents. J'ai déjà mis à terre des mecs qui faisaient deux fois ma taille, j'ai pété la gueule à sept gars en même temps, j'ai explosé la face d'un sacré nombre de types. » Doué et intrépide, le gamin des rues de Tucson trouve surtout dans la castagne le meilleur remède pour expulser les volts qui coulent dans ses veines et s'injecter régulièrement un shot de sa drogue favorite, l'adrénaline. « Une, deux fois par semaine, je me battais quasiment tout le temps, détaille-t-il laconiquement. Au fond c'était une manière de dialoguer comme une autre. » Entre deux coups de poing, Isaiah allume son ghetto-blaster et lui fait cracher une bande-son qui colle à son mode de vie. Essentiellement branché punk et hip-hop, dans lesquels il retrouve l'énergie brute qui le caractérise, il se nourrit pourtant de tout ce qui lui passe entre les oreilles. Soul, blues, indie rock et « même cette putain de country. Si c'est de la bonne musique, j'écoute, c'est tout. »

 

Mais si les tatouages qui lui recouvrent la majeure partie du corps étaient un doigt adressé à la société, la signification du poignard ensanglanté qui se dessine sur la pommette droite de Toothtaker n'a elle rien de métaphorique. «Celui-là, c'était pour afficher ma volonté d'être un criminel, un criminel violent », claque-t-il modestement. Les bagarres d'adolescent deviennent effectivement des rixes de bars, et les proviseurs des policiers avec des menottes à la ceinture. « Le problème, c'est que tu peux bien détruire le mec en face de toi, mais après tu as des professeurs, des principaux, des vice-principaux, la police, les juges, les avocats, qui veulent tous te mettre à terre. » De fait, la réputation de Toothtaker a vite fait de faire le tour de la seconde ville de l'Arizona. Inscrit sur les listes des gangs et dans le livre noir de la police, celui qui n'est pas encore devenu rappeur va au tribunal comme on se rend à la foire et se retrouve rapidement coincé dans les cordes par un poids-lourd plus fort que lui : la justice. « J'ai eu une putain de chance de pas finir en prison. Ça m'a coûté très cher en frais d'avocat, mais j'ai réussi à y échapper. Le problème c'est qu'avec le casier judiciaire que j'ai maintenant, je suis un peu bloqué. Je suis toujours en sursis avec mise à l'épreuve et comme je ne suis plus simplement un petit criminel, je ne peux plus vraiment péter la gueule d'un mec sans que personne ne me reconnaisse. J'ai une sacrée peine qui me pend au dessus de la tête. »

 

 

Une sorte de gangsta rap haineux

 

Du coup, plutôt que de se payer un séjour derrière les barreaux, Isaiah trouve un nouveau médium pour faire trembler les crânes. La musique. « Quelque chose de violent, une sorte de gangsta rap haineux », explicite-t-il, même s'il reconnaît que ses productions entrent difficilement dans des catégories bien établies. Inquiétant fumeur de cigare aux lunettes opaques qui enseigne à des enfants le maniement du flingue dans le clip de « Sorry 4 The Trouble », rappeur entouré de types encapuchonnés qui portent des cadavres d'antilopes entre leurs mains dans « The Difference », Isaiah met la violence en texte et en image, mais avec beaucoup plus de talent que le premier gangster venu. Les deux minutes et cinquante cinq secondes de bris de chaises, de bouteilles et de dents du clip de « Get Housed Homeboy », enregistré avec Murs, sont une ode presque lyrique à la sensualité d'une tache de sang dégoulinant sur le visage blanc d'une écolière coquine. Jean-François Dumais, réalisateur du clip « Burn It Down » se souvient encore des consignes envoyées par mail par le rappeur. « Vraiment pas grand chose, seulement quelques mots clés en majuscule. Son brief, c'était 'Si possible quelque chose avec des filles nues ou un truc violent ». Comme Isaiah Toothtaker n'est pas un rappeur de la demi-mesure, il enregistre en 2012 un EP avec Max B, un MC qui pense être le croisement parfait entre Notorious BIG, Jay-Z et Tupac, et qui purge surtout 75 ans de prison dans le New Jersey pour vol à main armé, enlèvement et meurtre. « Il a tout enregistré depuis la prison par téléphone, précise Toothtaker. C'était génial d'avoir la chance de travailler avec une des mes idoles, avec quelqu'un que je respecte énormément. » Chacun ses références. Si le fondateur du label « Machina Muerte » n'est pas un monomaniaque de la street credibility et du rap de meurtrier, l'ultra-violence kubrickienne est presque une marque de fabrique et ses paroles sont largement inspirées par son passé d'agresseur en série. « Je dis pas qu'il faut être un gangster pour faire du rap. Mais si tu en parles dans tes chansons, tu dois l'être pour de vrai ». A force de gueules cassées, une question finit par brûler les lèvres. Pourquoi tant de violence dans un seul homme ? Interrogation à laquelle Isaiah répond en levant le menton. TUCSON. « Tu sais, Tucson, c'est vraiment un spot super violent, précise-t-il. Les gens se battent pour un rien très souvent, tout le monde est toujours sous tension, peut-être parce que c'est une ville plus chaude que n'importe quelle ville tropicale. L'Arizona est un putain de désert. C'est un pipeline pour le Mexique, la frontière est toute proche, donc tu as du trafic de drogue, les cartels, etc. C'est le dernier endroit avec des cow-boys et des indiens. »

 

 

Le putain de Wild West

 

Tucson a peut-être bon dos dans la vision déterministe de ses pétages de plomb, mais le pire est que Toothtaker n'a sans doute pas tort. Samedi 8 janvier 2011. Sur le parking du supermarché Safeway de Tucson, la parlementaire démocrate Gabrielle Giffords discute avec des électeurs. En Novembre, elle a conservé sa place après une campagne particulièrement délétère contre Alfredo Gutierrez, candidat républicain issu du Tea Party. En jeu, le soutien de la démocrate à la réforme du système de santé américain et une loi de l’État d'Arizona controversée sur l'immigration. Les vitres de la maison de Giffords sont brisées quelques heures après l'adoption de la réforme et le climat est tellement tendu que même Isaiah Toothtaker s'en souvient. « C'était très chaud au moment des lois sur l'immigration, raconte-t-il. Ils ont aussi voulu supprimer les cours en espagnols dans les écoles. Imposer des lois aussi dures dans une ville où tu as autant de Mexicains était complètement ridicule. » Ridicules, ces lois sur l'immigration étaient surtout surréalistes dans un État démocratique. En somme, la loi SB 1070, signée le 23 avril 2010 par la gouverneure républicaine d'Arizona Jan Brewer, légalisait le délit de faciès et instituait l'immigration clandestine comme un crime passible de six mois de prison : en vertu de cette nouvelle loi, les policiers étaient autorisés à contrôler les papiers d'immigration de tout personne dont ils pouvaient « raisonnablement soupçonner » de la légalité de la présence sur le territoire. Mieux valait dans ce contexte ne pas afficher une gueule de chicano ou se trimbaler en poncho. « Une loi complètement folle, juge Toothtaker, lui-même d'origine mexicaine et indienne. Les flics pouvaient arrêter n'importe qui et lui demander ses papiers sans aucune raison particulière. »

 

Ce 8 janvier, sur le parking du supermarché où a lieu le meeting, arrive Jared Loughner, un schizophrène qui en veut au gouvernement et à la religion, qui cite sur les réseaux sociaux Adolf Hitler et le manifeste du Parti Communiste et qui appelle à la création d'une nouvelle monnaie. Armé d'un semi-automatique, Loughner décharge une vingtaine de balles sur la foule, tuant six personnes, dont une fillette de 9 ans et un juge fédéral, et en blessant 13 autres. Gabrielle Giffors, elle, est touchée à la tête, son décès est annoncé par certains médias, mais elle est finalement sauvée sur la table d'opération. Clarence Dupnik, shérif en charge de l'enquête après la tuerie, se lâche devant les caméras. « Malheureusement, je pense que l'Arizona est devenu une sorte de capitale de la colère, de la haine et de l'intolérance. » Nouvelle fusillade aux Etats-Unis, nouvel état de choc pour un pays qui semble avoir oublié que 29 000 personnes meurent par balles chaque année sur son territoire. Et que les flingues, comme celui utilisé par le tireur, sont quasiment en vente libre en Arizona, l'un des États où les lois sur le contrôle des armes à feu sont parmi les plus laxistes. Un sujet que connaît bien Isaiah Toothtaker. « Ils ont récemment passé une loi où tu n'as même plus besoin de permis pour porter une arme cachée. Donc un peu près n'importe qui peut avoir un flingue n'importe où. Tu peux même aller dans un bar avec un flingue sous la chemise si tu veux ! Se battre est une manière de communiquer ici. Tucson est un endroit perdu et violent, c'est le putain de Wild West. »

 

 

Parler de politique, baiser une pute

 

Alors, Toothtaker ne serait-il qu'un cow-boy parmi les autres ? « Tu te fous de moi, je suis pas un cow-boy, je serais plutôt du côté indien ! J'ai du putain de sang indien ! » s'insurge-t-il. Réduire Toothtaker à la violence serait aussi et surtout oublier qu'il est, peut-être avant tout, un artiste. Un artiste en proie aux doutes. « Tout cet amas de nom de dieu de violence qu'a été mon histoire fait que je suis déjà content d'être en vie et pas en prison. Et en même temps, je me sens emprisonné à l'intérieur de moi-même. Parce que je sais que j'ai ce formidable talent, que j'attire l'attention, et j'ai peur de ne pas pouvoir y répondre. » Alors pour calmer ses angoisses créatives, Isaiah Toothtaker applique la recette qui lui a toujours le mieux réussi : déverser de l'énergie sans compter. Il commence sa carrière artistique en ouvrant sa propre boutique de tatouages après en avoir eu marre de répéter inlassablement des dessins tribaux pré-fabriqués chez son ancien employeur. « Maintenant, je suis sans aucun doute l'un des deux ou trois tatoueurs les plus réputés de la ville. » Parallèlement, il se met au hip-hop, produit comme un dément, réalise et monte la plupart de ses vidéos. « Il veut que toutes ses chansons soient accompagnées d'un clip», confirme Jean-François Dumais. Créateur infatigable, Toothtaker prend la musique comme une soupape de décompression. « C'est de l'art, un langage. Pour moi, c'est une voix, une manière d'exprimer ce qui se passe dans ma tête », détaille-t-il, laissant évidemment planer une grande interrogation : mais quelles idées peuvent bien germer dans le cerveau d'Isaiah Toothtaker ? « Je n'ai pas un agenda politique précis, clarifie-t-il. N'importe qui ayant des yeux et des oreilles et un cerveau qui fonctionne sait par exemple que Mitt Romney est un putain de débile mental. Est-ce vraiment nécessaire de le dire ? Je ne veux pas réveiller une conscience démocratique ou expliquer à quel point les rues sont putain de violentes. Je ne veux pas juste rapper à propos de mon histoire ou de mes sentiments. Je ne veux pas aller dans une seule direction, je veux rapper ce qui me vient et comment ça me vient. C'est comme ça, non ? Des fois tu as envie de parler de politique, des fois tu veux baiser une pute ».

 

Tous propos recueillis par Pierre Boisson.

Isaiah Toothtaker, a shot of ultra-violence


The disturbed hip-hop of Isaiah Toothtaker may be the best thing that the rapper from Tucson ever did in his life. Integrally tattooed, tireless creator, he claims over 400 witnessed bare-knuckle street fights, and doesn't talk about the others. If Arizona is the "fucking Wild West" he describes as the last refuge of cowboys and Indians, Isaiah Toothtaker is the man who comes out of the saloon with blood on his shirt.

 

By Pierre Boisson

 

 

A cap on his head, a blue shirt with long sleeves and a pale skin, Isaiah Toothtaker comes along like a student just out of his basketball practice. But as each armour has its flaw, the one of Toothtaker sneaks behind the tight collar of his shirt and spreads in blue ink and capital letters. "TUCSON" says the tattoo on the man's throat. "I'm proud of my city, of the place I come from, of the community I belong, he smiles, revealing the gold that covers his upper teeth. I wrote the name of my town on my throat at a time when nobody had this kind of visible tattoo. I wanted to show that I was free and outside the society. I didn’t do it to attract attention, it was more like a way to show my commitment to be a little thug and to never have a normal life." In fact, Isaiah has been extremely well committed to this contract. Because before becoming a musician, a tattoo artist, a video director and almost a quiet man, the guy has indeed devoted the majority of this unusual existence to one thing: violence. And he did it very well. A criminal record as long as an arm, a withdrawal of his civil rights, a bunch of convictions, and a suspended prison sentence which prevents to leave Arizona. "I have more than 400 witnessed bare-knuckle street fights, says the tooth puller. I've brought down guys who were twice my size, I broke the jaws of seven guys at the same time, I crushed the face of a bunch of guys." Gifted and fearless, the kid from the streets of Tucson mainly found in brawls the best remedy to expel the volts flowing in his veins and to get a few shots of his favourite drug, adrenaline. "In my early twenties I was getting to fight one a week or two a week, it's very regular thing, he explains laconically. Basically it was a way to communicate like any other.” Between two punches, Isaiah was turning on his ghetto blaster to create a soundtrack to fit his lifestyle. Mainly into punk and hip-hop, in which he finds the raw energy that characterizes him, yet he feeds on everything that comes to his ears. Soul, blues, indie rock and "even fucking country music. If it's good music, I listen to it, simple.»

 

But if the tattoos that cover most of his body were a finger sent to society, the meaning of the bloody dagger drawn on the right cheek of Toothtaker has nothing metaphorical. "This one was to show my dedication to be a criminal, a violent criminal," he says modestly. When teenage fights became bars brawls, and principals, police officers with handcuffs hung on their belt. "The problem is that you can fuck somebody up, but after you have teachers, principals, vice-principals, police officers, judges, lawyers, who all want you to fuck you up.’ In fact, the reputation of Toothtaker soon became famous in the second largest city in Arizona. Included in the gangs’ lists and in the black book of the police, the man who has not yet became a rapper was going to court as we go to the fair and soon found himself caught in the ropes by a truck stronger than him: justice. "I got fucking lucky not to end up in jail. It cost me a fortune in legal fees. The problem is that with the record that I have now, It's as sticky situation for me. I'm still on probation and since I’m no longer just a petty criminal, I can’t really hit a man in the face without being recognized. I'm a high profile.»

 

 

A kind of angry gangsta rap

So, rather than going behind bars, Isaiah found a new way to shake people' skulls. Music. "Something violent, a sort of hate gangsta rap" he says, even if he acknowledges that his productions hardly fit the established categories. Disturbed cigar smoker with opaque glasses who teaches children how to handle a gun in the video of "Sorry 4 The Trouble", a rapper surrounded with guys with hoodies carrying antelopes' corpses in "The Difference", Isaiah puts violence in words and images, but with much more talent than any other gangster. The two minutes and fifty five seconds of broken chairs, bottles and teeth in the video of "Get Housed Homeboy", recorded with Murs are an almost lyrical ode to the sensuality of a blood stain dripping on a naughty schoolgirl’s white face. Lawrence K. Blais, director of the music video "Burn It Down" still remembers the instructions mailed by the rapper. " Not much really, only a few keywords in capital letters. He wrote “Possibly something with nude women or something violent.” Because Isaiah Toothtaker is not a rapper of half measures, he recorded an EP in 2012 with Max B, an MC who genuinely believes that he's the perfect mix between Notorious BIG, Jay-Z and Tupac, and who is currently serving a 75 years prison sentence in New Jersey for armed robbery, kidnapping and murder. "He just recorded over the phone from the prison, said Toothtaker. It was great to have the chance to work with one of my idols, someone I have a lot of respect for." Everyone has his references. If the founder of the label "Machina Muerte" is not a monomaniac of street credibility and murderer rap, the Kubrick kind of ultra-violence almost became his trademark, and his lyrics are largely inspired by his past of serial attacker. "I'm not saying you have to be a gangster and to talk about the street shit. But if you are going to do it, you should fucking have the history and the experience of it.” By dint of broken jaws, a question burns our lips. Why so much violence in one man? Question to which Isaiah responds by lifting the chin. TUCSON. "You know, Tucson is really a super violent spot, he says. People fight a lot for no reason, everyone is always ready to go, maybe for being in such a hot place, a city warmer than any tropical city. Arizona is a fucking desert. It's a pipeline to Mexico, the border is very close, so you have drug traffics, cartels, etc. This is the last place with cowboys and Indians

 

 

The fucking Wild West

Tucson may be blamed for the deterministic vision of his mad days, but the worst is that Toothtaker is probably right. Saturday, January 8, 2011. On the Safeway supermarket's parking lot in Tucson, the Democratic congressman Gabrielle Giffords was talking with voters. In November, she retained her place after a particularly deleterious campaign against Alfredo Gutierrez, the Republican candidate from the Tea Party. At stake, the support of the Democrat reform to the U.S. healthcare system and a controversial law of the State of Arizona on immigration. The windows of Giffords' house were broken a few hours after the adoption of the reform and the climate got so tense that even Isaiah Toothtaker remembers it. "It was very bad at the time of immigration laws, he says. They also wanted to remove Spanish courses in schools. Impose legislation as tough in a city where you have so many Mexicans was just ridiculous.”

Ridiculous, these immigration laws were also surreal in a democratic state. Basically, the law SB 1070, signed on the 23rd of April 2010 by the Arizona Republican Governor Jan Brewer, legalized racial profiling and established illegal immigration as a crime liable for six months prison: under the new law, the police was allowed to check the immigration papers of any person they could "reasonably suspect" the presence's legality on the territory. In this context, it was better not to have a Chicano's look or to hang out wearing a poncho. "A crazy law, according to Toothtaker, himself half Mexican and Indian. The cops could arrest anyone and ask them for their IDs for no particular reason. »

 

On this 8th of January, on the parking lot of the supermarket where the meeting was held, a schizophrenic guy called Jared Loughner who couldn't stand neither the government nor religion, who was quoting Adolf Hitler and the Communist Manifesto on social networks and calling for the creation of a new currency. Armed with a semi-automatic gun, Loughner shot twenty bullets into the crowd, killing six people, including a 9 year old girl and a federal judge and wounding 13 others. Gabrielle Giffors got shot in the head, her death was even announced by a few media, but eventually she was saved by surgery. Clarence Dupnik, sheriff in charge of the investigation after the shooting, got loose in front of the cameras. "Unfortunately, I think Arizona has become a kind of capital of anger, hatred and intolerance.» Another shooting in the United States, another shock for a country that seems to have forgotten that 29,000 people die every year by gunfire on its territory. And also that guns, like the one used by the shooter, are almost freely available in Arizona, a state where the laws on the control of firearms are among the most lax. A subject that Isaiah Toothtaker is familiar with. “They recently passed a law where you don't even have a special license to conceal your weapon. So anybody almost anywhere can have a gun. You can even a conceal weapon in some bar if you want! Fighting is a way to communicate here. Tucson is a lost and violent place, it’s the fucking last Wild West.”

 

 

Sometimes you want to talk about politics, sometimes you want to fuck a bitch

 

Then, is Toothtaker just a cowboy among the others? "You're kidding me, I'm not a cowboy, I'd rather be on the Indian side! I fucking have Indian blood!" he protests. To reduce Toothtaker just with violence would be forgetting that he is, perhaps first and foremost, an artist. An artist beset by doubts. "All this mass of doggone violence that is my story makes me just happy to be alive and not in jail. At the same time, I feel trapped inside my body. Because I know that I have this great talent, I attract attention, and I'm afraid of not being able to respond." So to calm his creative anxieties, Isaiah Toothtaker applies the recipe which has always been the most successful for him: To get his energy out as much as he can. He began his artistic career by opening his own tattoo shop after getting bored of tirelessly repeating pre-made tribal designs at his former employer. "Now I am undoubtedly one of the two or three most famous tattoo artists in town." At the same time, he got into hip-hop, produced like a madman, and directed most of his videos. "He wants all of his songs to come with a music video," says Lawrence K. Blais. Tireless creator, Toothtaker takes music as a relief valve. "It’s art, a language. For me, it’s a voice, a way to express what’s happening in my head," he explains, obviously leaving out this major interrogation: what ideas can grow in the brain of Isaiah Toothtaker? "I don’t have a precise political agenda, he clarifies. Anyone with eyes and ears and a brain that works knows for example that Mitt Romney is a fucking retard. Is it really necessary to say it? I don't want to awake a democratic awareness or explain how the streets are fucking violent. I just don't want to only rap about my story or my feelings. I don't want to go in only one direction, I rap what comes to my mind and how it comes to me. It's how it works, right? Sometimes you want to talk about politics, sometimes you want to fuck a bitch."

 

All quotes collected by Pierre Boisson / Translated by Agathe De Coulare Delafontaine

"Obama et Romney, c'est Trou du cul 1 et Trou du cul 2"


 

Surnommé Vin Laden ou Mahmoud AhmaVinejad, Vinnie Paz n'a pas de barbe et beaucoup trop de matière grasse pour vivre dans une grotte mais il rugit depuis dix ans dans les micros de Jedi Mind Tricks des textes plus violents que n'importe quel programme nucléaire secret. Surtout, c'est un rappeur qui en sait plus que vous sur le 11 septembre, le cheese steak et les groupes sanguins des présidents américains.

 

Par Pierre Boisson

 

Tu es né et tu as grandi à Philadelphie. Qu'est ce que ça fait de vivre dans une ville qui a une statue de Rocky ?

(Rires). Philadelphie est connue pour être une ville de combattants. On a produit Joey Giardello, Bernard Hopkins et un tas de boxeurs légendaires mais on a la statue d'un mec qui n'est même pas une personne réelle ! Mais Rocky est une histoire d'outsider, tu vois ce que je veux dire? Et comme Philly est une ville d'opprimés, c'était l'endroit parfait pour Rocky, qui est plus qu'un combattant : il incarne l'esprit de cette ville. C'est quelque chose qu'il faut vivre pour vraiment comprendre ce que ça signifie. J'ai voyagé dans le monde entier, et j'ai choisi de vivre ici à cause de cet esprit. Philly est sans aucun doute différente, c'est une ville de travailleurs, une ville pleine d'Histoire, de la déclaration d'indépendance à sa musique, avec Gamble & Huff, les labels de soul, etc. Comme je te disais, une ville d'opprimés. Donc ouais, la statue de Rocky c'est de la bombe, comme celle de Joey Giardello qu'ils ont mise aussi.

 

Philadelphie est une des villes les plus catholiques des États-Unis. Comment un musulman grandit-il là-bas ?

Les États-Unis tout entier, pas seulement Philadelphie, sont un pays fondamentalement chrétien. Donc être un musulman aux US c'est comme si tu étais bouddhiste, juif ou n'importe quoi d'autre à part un chrétien blanc : tu risques d'être victime d'un tas de préjugés. Mais je m'en fous, ça me touche pas, je les accueille volontiers. Je ne me suis jamais considéré comme un chrétien et j'ai découvert l'islam à travers un ami au collège. Je suis comme j'ai envie d'être.

 

Tu te sens concerné par la situation au Moyen-Orient ?

Je suis concerné comme être humain, pour les crimes dont sont victimes les gens là-bas. Tu sais, on a nos propres problèmes ici : les anciens combattants devenus SDF, une dette nationale qui se chiffre en milliers de milliards, etc. Quand ta maison est aussi sale, comment tu peux aller dire à un autre de laver la sienne ? Je ne sais même pas pourquoi il y a la guerre là-bas. Je ne sais pas ce qu'on fait en Afghanistan, je ne le comprends même pas. Qu'est-ce qu'on fout là-bas ? Tu es à Paris ? Vous avez les infos de la BBC là-bas (sic), non ? Quand je suis en tournée en Europe, je regarde la BBC. Je pense qu'ils respectent un peu plus la vérité. Aux États-Unis, les infos sont contrôlées. Donc je ne sais pas si l'Américain moyen comprend ce qui se passe en Iran, en Irak ou en Afghanistan. Ils suivent juste aveuglément. Beaucoup de préjugés sur l'islam sont créés par les médias. Ils dictent l'information parce que les gens sont trop feignants pour aller voir ailleurs.

 

 

Tu as été marqué par les guerres en Irak et en Afghanistan ?

Je crois que c'est le problème principal pour notre pays. C'est le plus important pour moi, sortir de là ces gamins, ces soldats de 18 ou 19 ans qu'on a envoyés faire la guerre d'un riche homme blanc. Les ramener sain et sauf chez eux, parce qu'aujourd'hui ces gamins reviennent sans leurs jambes, sans leurs bras ou dans un sac en plastique. Et on a de toute façon aucune raison d'être là bas. Donc laissons ces gamins rentrer et avoir une longue vie.

 

En 2003, dans le disque «Visions of Gandhi », tu exprimes le besoin d'une grande figure capable de porter un changement social non-violent dans le monde post-11 septembre. Est-ce qu'on en a toujours besoin presque 10 ans plus tard ?

On en a besoin mais je ne sais pas comment les gens y répondrait. Quand on a eu Gandhi, Martin Luther King ou Malcom X, les gens n'en avaient rien à foutre, d'où ma question : serait-on capable de les recevoir ?

 

Dans la chanson « Chalice », tu disais qu'Obama était le cousin éloigné de Bush. Il n'a pas été cette figure de changement social pour toi ?

Putain, non. Tous nos présidents sont liés à la lignée royale du Royaume-Uni. Si tu regardes bien les visages de la reine d'Angleterre et de George Bush, ils ont exactement la même tête. C'est fou ! Ils ont le même sang. C'est un fait historique notoire tu sais...

 

Cela dit, Obama ne ressemble pas vraiment à la Reine...

(Rires) Non, c'est sûr. Mais c'est la même chose, en réalité tu n'as pas vraiment de choix à faire. Vous avez entendu parler de Ron Paul [représentant républicain du Texas, membre du parti libertarien connu pour ses positions contre toute intervention de l’État, NDLR] en France ? Moi, je soutiens Ron Paul, mais il est trop intelligent, les gens ne voteront jamais pour lui. Tu devrais jeter un œil, c'est un vrai mec. Il veut en finir avec l’État, mais les gens le trouvent trop radical. Personne n'a de couilles ici mec. Ils suivent juste un protocole. Alors on est coincés entre deux diables. Obama et Romney, c'est juste Trou du Cul 1 et Trou du Cul 2. Quel que soit celui qui sera élu, rien ne va changer.

 

Donc tu penses que la conscience humaine est toujours manipulée ? [Le premier album de Jedi Mind Tricks était intitulé 'La manipulation psycho-sociale, chimique, biologique et électro magnétique de la conscience humaine', NDLR]

ABSOLUMENT. A différents niveaux. Comme je te disais, la télévision te manipule parce qu'ils te donnent ce qu'ils veulent que tu saches. Ils ne te donnent pas toute l'information disponible. C'est comme pour le 11 septembre. J'en ai beaucoup parlé, mais le boulot a été fait de l'intérieur. Il y a beaucoup trop de preuves scientifiques qui montrent qu'il y avait des bombes sous les tours. Ces buildings étaient supposément construits pour résister à des crashs d'avions, à des désastres naturels, à des tornades. Et les deux s'écroulent en moins d'une heure ? Ça n'a aucun sens.

 

 

On te surnomme Mahmoud AhmaVinejad, Vin Laden, Vin Jong Ill. T'es sur que ce n'est pas toi, l'axe du mal?

(Rires) Non mec. On s'est juste marré avec le surnom de Vin Laden, parce que ça sonnait d'enfer. Mais cet axe du mal, c'est de la merde de toute façon. Qui peut affirmer ce qui est le mal ou non ?

 

Tu as eu la chance de voyager à travers le monde. D'après ce que tu as vu, comment les gens perçoivent-ils les États-Unis à l'étranger ?

Ils nous détestent. Pas forcément les habitants, mais politiquement c'est sûr. C'est l'effet des centaines d'années d'impérialisme américain, des centaines d'années de souffrances qu'on a infligées à des pays dont les affaires ne nous regardaient pas. Mais il ne s'agit pas seulement des États-Unis. L'Amérique, si on parle en termes de pouvoir politique, c'est nous ici, le Royaume-Uni en Europe et Israël au Moyen-Orient. C'est plus gros que ça en a l'air.

 

Tu critiques la violence américaine et plaide pour un changement social non-violent, mais en même temps tous les titres de Jedi Mind Tricks tournent autour de la violence, de la mort et des meurtres. Tu n'as pas l'impression qu'il y a là une petite contradiction ?

Peut-être. Mais on était en train de parler de pouvoir : je n'ai pas le même pouvoir qu'un pays. Si je suis violent, j'établis une grande différence avec les soi-disant leaders du « monde libre ». Je suis juste une personne. Et je suis dans le business de la musique, du divertissement. Ce que je fais n'affecte pas trois cents millions de personnes, ni des milliards de gens qui essaient de survivre.

 

D'où viennent alors ces paroles sombres qui sont la marque de Jedi Mind Tricks ?

De ma tête (rires). J'ai toujours été attiré par ce genre de trucs. J'ai écouté dublack metal, du death metal, du heavy metal. Et en hip-hop, j'ai toujours préféré les trucs obscurs. C'est pas comme si je me disais « Oh, tiens je vais poser des mots sombres », j'écris juste ce qui est dans ma tête.

 

Tu viens de sortir un nouveau son, «  Cheese Steak ». Tu t'es enfin décidé à parler de ton obésité ?

Non, pas vraiment. A Philadelphie, on est connus pour le cheese steak. C'est plus une forme d'hommage à la ville. Tu sais, tout le monde est gros ici (rires). Tu m'interrogeais sur l'esprit de Philly, non ? Philadelphie c'est Rocky Balboa et le Cheese Steak.

 

 

Tous propos recueillis par Pierre Boisson

 

 

"Obama and Romney are Asshole 1 and Asshole 2"


 

Also known as Vin Laden or Mahmoud AhmaVinejad, Vinnie Paz is single-handedly the emblem of Philadelphia, city of Rocky and Cheese steak. Above all, he is a rapper who knows more about September 11, the CIA and American Presidents’ blood types than you do.

 

By Pierre Boisson

 

You were born and raised in Philadelphia. How is it to live in a city in which stands a statue of Rocky?

(Laughs) We are known as the fighting city of Philadelphia. We produced Joey Giardello, Bernard Hopkins, a lot of legendary fighters but we have a statue of a man who is not even a real person! But Rocky is an underdog story, you know what I mean? And Philly is an underdog city, it was the perfect sitting for this character who represents more than a fighter. He represents the feeling of the whole city. It's something you have to experience to really understand it. I have been around the world, and I chose to stay here because of that spirit. Philly is definitely different, it's a city of hard working people, a city with a lot of history, from the declaration of independence to the Philly sound: Gamble & Huff, the soul records, etc. Like I said, an underdog city. So, Yeah man, Rocky’s Statue is dope, like the Joey Giardello one's they put too.

 

Philadelphia is one of the most Catholic cities in the US. How is to grow up there as a Muslim ?

The whole United States are definitely a Christian country. So being a Muslim in the US is like if you are Buddhist, Jewish, or anything beside a white Christian: you may have a lot of prejudices. I don't care, it doesn’t affect me, I welcome that. I never really considered I was myself a catholic, I found Islam through a close friend in High School. I am as I want to be.

 

Do you feel concerned by what’s happening in the Middle East?

I'm concerned as a human being by the crimes that happen over there. You know, we have our own problems here: Homeless veterans, the national debt is in a trillion, etc. When your house is so dirty, how can you fuckin' say to someone to clean his house? I don't even know why the war is over there. I don't know why we are in Afghanistan. I don't even understand it. Why are we there? You are in Paris. You guys have the BBC news, right? (sic). When I'm on tour in Europe, I’m used to watch BBC. I think they are a little bit more truthful about the facts. In the United States, the news have an agenda. So, I don't know if the average American understands what is going on in Iran or Iraq or Afghanistan. They just follow blindly. A lot of prejudices about Islam are brought on by the media, you know what I mean? The information is dictated by the media because the people are too lazy to look elsewhere.

 

 

How have wars in Iraq or Afghanistan impacted you?

I think that's the most important issue right now for our country: it's what is on the top of my head, to get out those kids, those soldiers of 18, 19 years old, going over there and fighting for a rich white man war. Getting back them home safe to their family, because these kids are coming home missing legs, missing arms. They are coming home in body bags. And we don't have reasons to be there anyway. So let these kids come home and let them enjoy a long life.

 

In 2003, in your album “Visions of Gandhi”, you expressed the need for a prominent figure of non-violent social change in a post-9/11 world. Do you feel we still need it?

We need it but I don't know if people will respond to it. It's the problem. When we had Gandhi or Martin Luther King or Malcolm X, people didn't even care about them. How would we respond to them?

 

In the song Chalice, you say that Obama was the « third cousin of George W. Bush, lying out here ». You don't think that Obama has been the figure of this social change, do you?

Hell, no. All of our presidents are connected to the royal bloodline in the United Kingdom. If you have a look to the Queen and to George Bush, just to their faces, they look exactly the same! It's crazy. Those bloodlines are all connected. It's historically noted, you know...

 

But Obama doesn't exactly look like the Queen...

(Laughs) No, he doesn't. But it's the same. I mean, you will never really give a real choice here. I don't know if you have heard of Ron Paul in France? You know, I support Ron Paul, but he's too intelligent, the people will never vote for him. You should look him up. He's a real dude. He wants to end the Fed, but people look at him as being too radical. Nobody has any balls here, man. They just follow a protocol. We are basically stuck with two evils. Obama and Romney, it's like Asshole 1 and Asshole 2. Nothing is going to change, no matter who get voted.

 

Do you consider that 'Human Consciousness' is still being manipulated [The first album released by Jedi Mind Tricks was called The Psycho-Social, Chemical, Biological & Electro-Magnetic Manipulation of Human Consciousness, NDLR]?

ABSOLUTELY. On various levels. Like I told you, television manipulates you because it’s giving you what it wants you to know. (Peole working for the television) are not giving you all the information available. It's like for the September 11 attack. I talk about that a lot, but I think it was an inside job. There is too much scientific proofs that there were bombs going on over that building. These buildings were supposedly built to sustain plane crashes, natural disasters, tornadoes. And they both fell within one hour or minutes. That doesn't make any sense.

 

 

They called you Mahmoud AhmaVinejad, Vin Laden, Vin Jong Ill. Are you sure that you are not yourself the Axis of Evil?

(Laughs). No, man, we just giggled with this Vin Laden stuff, it sounds like it's dope. That axis of evil is bullshit anyway, who declares who’s evil or not?

 

You had the chance to travel around the world. How do you feel the other countries see the United States?

They hate us, man. At least politically. It's not the American people they hate necessarily but, you know, it's the effect of hundred of years of American imperialism, hundred of years inflecting pain to other places where we have no business being or no business speaking. But it's bigger than the U.S because the U.S here and the U.K in Europe and Israel in the Middle East, that's basically all America. In terms of political power I mean. It's bigger than it seems to be.

 

You criticize the American violence and speak in favour of a non-violent social change. But at the same time, your songs are all about violence, death and murder, don't you think there is a little contradiction here?

Maybe there is. But we were talking about power. I don't have the same power as a country. If I consider myself violent, I think that there are differences compared to the leaders of the “free world”. I'm just one person. And also I'm in the music business, I'm in the entertainment business. What I do isn't affecting three hundred million people. Or billions of people in the way they survive.

 

So, where are these dark lyrics coming from?

My head. (Laughs). I have always been attracted by this kind of stuff man. You know, I have listened to black metal, death metal, heavy metal. In terms of Hip-hop, I was always listening to the dark shit. So it's not something I consciously say like 'Yo, I have to make this dark word', it's just what is in my head.

 

You’ve just released a new song « Cheese steak ». Did you want to talk about your obesity?

No, not really. It's something that we are famous for in Philly. It's just a sort of homage to my city. You know, everyone is fat here. (Laughs) You asked me about the spirit of Philly, didn’t you? Philly is Rocky Balboa and Cheese steak.

 

 

The Coup : Obama est la marionnette de la classe dominante


En septembre 2001, The Coup éclatait la scène médiatique comme on transperce un gratte-ciel en plein Manhattan. L'objet du délit : la pochette de l'album Party Music, dessinée en juin, et sur laquelle Boots Riley et Pam the Funkstress s'affichaient un détonateur à la main devant le World Trade Center en flamme. Le Washington Post qualifie Boots d’« homme le plus infâme de la pop musique », on lui attribue des relations avec, pêle-mêle, Al-Qaïda, Saddam Hussein ou les partis communistes de tous les pays. Boots est traîné dans la boue. Pas grave car, au fond, c'est l'endroit qu'il préfère.

 

Militant politique depuis ses 15 ans, ce dandy – jeans slims, coupe afro – est en effet une sorte de Forrest Gump des mouvements sociaux américains des 30 dernières années. Fils de l'avocat des Black Panther, militant pour le droit des femmes, des noirs et des travailleurs, farouche communiste, Boots s'est récemment rallié au mouvement Occupy et mène des grèves générales du bout de sa voix chaude et éraillée.

 

Quand il ne donne pas de cours à la fac et n'écrit pas de scénario, Boots est aussi accessoirement un des meilleurs rappeurs américains des quinze dernières années. Il a tourné des clips avec Tupac, a été classé parmi les « dix personnalités les plus influentes » par le magazine Vibe et le nouvel album de The Coup est, pour de vrai cette fois, une bombe. Homme occupé qui prend le temps d'exposer sa pensée, Boots livre sa vision du monde, des États-Unis et de l'amour dans la seule interview où on ne lui parle pas du 11 septembre.

 

 

The Coup sort à la fin du mois « Sorry To Bother You » [Désolé de vous déranger, NDLR], un album présenté comme conceptuel. Quel est le thème de ce nouveau disque ?

Tous mes albums sont conceptuels. L'idée récurrente, c'est que les gens aient un contrôle démocratique sur les profits qu'ils génèrent. Après, cet album sera également la bande originale d'un film que je suis en train d'écrire, une comédie noire réaliste magique inspirée par l'époque où je travaillais dans le télémarketing.

 

Tu es un lecteur de réalisme magique ?

Oui, je suis un grand fan de Garcia-Marquez ou de Toni Morrison. Mais en ce moment je lis un bouquin pour un cours que je vais donner à l'université, sur le Teatro Campesino, un théâtre de protestation sociale créé dans les années 60 en Californie pour soutenir la grève des travailleurs agricoles. Et je viens de finir Billy the Kid, œuvres complètes de Michael Ondaatje et Les Enfants de Minuit de Salman Rushdie.

 

Tu as été téléprospecteur en 1994, à un moment où tu avais décidé d'arrêter la musique pour te consacrer à la création de l'organisation « The Young Comrades » [Les Jeunes Camarades, NDLR]. A quel point cette époque a-t-elle marqué ce que tu as fait par la suite ?

Je crois que ma capacité d'écriture vient de cette vie antérieure dans laquelle j'étais un vendeur représentant. Quand tu vends quelque chose pour une entreprise, tu te comportes vraiment comme un vautour. Tu dois écouter les gens pour savoir ce qu'ils désirent et leur vendre ce que tu as à ta disposition, qu'ils en veuillent ou non. Dans l'art, tu vends une idée, et pour le faire tu dois également écouter les gens. Avoir fait ce boulot de télémarketing me permet de capter ce qui est convainquant, ce qui m'aide énormément au moment d'écrire.

 

 

Comment assumes-tu l'apparente contradiction entre le fait d'avoir été un vendeur vautour et un activiste communiste ?

L'être humain est contradictoire. Quand j'étais militant politique, j'étais aussi un promoteur de soirées dans des boîtes. Avant cela, j'ai été le gamin qui fait du porte-à-porte pour vendre des abonnements pour des journaux. Je mentais aux gens, je leur disais « Hé, c'est mon dernier abonnement et j'ai l'impression que je ne vais pas le vendre ce soir ». Et je me mettais à pleurer. « Si vous me l'achetez, je pourrai me payer un billet à Disneyland, où je ne suis jamais allé. » Et ça marchait à chaque fois. On est tous pleins de contradictions, moi je n'ai juste pas de problème à en parler. Ça fait partie de moi, de ma musique.

 

Tu as milité pendant des années contre le racisme et dans le clip de ton dernier single « The Magic Clap » tu mets même en scène ton arrestation et ta torture par le FBI. Qu'est-ce que la présidence Obama a vraiment changé pour les noirs américains ?

Ces quatre dernières années, on a pu voir pour la première fois des noirs affirmer qu'il fallait soutenir le gouvernement. Sauf qu'Obama n'est qu'une marionnette de la classe dirigeante. Qu'il le veuille ou non d'ailleurs, je ne sais pas ce qu'il se passe dans sa tête. Dans les sociétés capitalistes, on nous enseigne que l'Histoire est forgée par des grandes figures. Sauf que ce n'est pas du tout comme ça que marche l'Histoire. Toutes les grandes avancées civilisationnelles que l'humanité a accomplies n'ont pas été le fait d'un seul homme, d'un seul leader. Cela a toujours été un mouvement, et en particulier aux États-Unis. La seule raison pour laquelle nous avons Medicare, l'Affirmative Action ou la législation des droits civiques, c'est parce qu'il y avait à l'époque des mouvements de masse qui étaient prêts à mettre à terre l'économie industrielle pour obtenir ces droits, pas parce que la bonne personne avait été élue. De toute façon, il n'y avait jamais de bonne personne en poste à ce moment là ! Quand l'Affirmative Action a été mise en œuvre, le président était Richard Nixon, sans doute le plus raciste de tous.

 

"Je n'ai pas peur de dire que je suis communiste"

 

Est-ce que tu penses que les Occupy qui ont surgi un peu partout dans le pays peuvent être ce mouvement capable d'amener un véritable changement dans la société ?

C'est possible. Quand je m'y suis intéressé pour la première fois, je ne savais pas trop quoi en penser. J'étais même un peu sceptique et il a fallu me convaincre pour que j'y participe. Mais c'est clairement quelque chose de vraiment créatif et neuf, très différent de ce que tu peux trouver dans le manuel de la révolution. Surtout, c'est la première fois depuis très longtemps que les gens raisonnent avec une dialectique de classe. Grâce à Occupy Wall Street.

 

Dans quelle mesure Occupy Wall Street porte-t-il un discours de classe ?

De différentes façons. Crois-moi, je fais des trucs depuis les années 80 et rien de ce qu'on a fait que les gens captent qu'il y a une lutte entre la classe dominante et la classe travailleuse n'a marché. Mais, aujourd'hui, les gens ont compris que 1% de la population créait sa richesse sur le dos des 99%. Un jour j'ai entendu une bonne phrase sur ce sujet : « la conscience de classe, c'est savoir de quel côté de la barrière tu te trouves ». C'est toute la question des 1% et des 99%. On a tellement été trompés par l'idée qu'il existait une classe populaire, une classe moyenne, une classe supérieure. C'était juste une manière d'éviter qu'il existe une analyse de classe.

 

Tu te considères donc toujours comme communiste ?

Je dis que je suis communiste parce que je n'ai pas peur de le faire, comme c'est le cas pour la plupart des gens aux États-Unis. Pourtant, il y a beaucoup de personnes qui se proclament anarchistes et qui espèrent exactement les mêmes choses que moi : le contrôle direct et démocratique des profits. Si tu crois en ça, une question se pose : si nous voulons partager cette richesse, il faut l'organiser. Et c'est du communisme. Après tu peux l'appeler comme tu veux, Anarco machin ou Boogaloo, je m'en fous.

 

Tu ne crois donc pas dans la démocratie telle qu'elle fonctionne actuellement ?

Ce n'est pas de la démocratie si ton seul pouvoir c'est de décider qui va prendre les décisions à ta place. Au fond, toute notre vie est liée aux profits, il faut des millions de travailleurs pour créer cette richesse alors pourquoi seuls quelques-uns décideraient de la manière dont il faut l'utiliser ? « Hé, je ne veux pas que tu achètes un autre yacht. Je veux des écoles pour mes gamins.» C'est ça la démocratie.

 

Quelle est ton analyse de la crise des subprimes ?

Je parlais de la crise bien avant qu'on parle des subprimes. Je disais juste que les prix de l'immobilier montaient alors que personne n'avait de boulot. C'est facile à voir. Il n'y a pas de travail, pas d'industrie, les gens sont de moins en moins payées et on leur dit d'acheter des maisons ! Même à l'école, on te raconte que la meilleure chose à faire c'est de trouver un travail, de se marier et d'acheter une baraque. Sauf que quand tu dis que tout ça n'a aucun de sens, on te répond d'écouter les experts financiers. Sauf que c'est comme si les vendeurs de voitures étaient les « experts automobiles ». Ils ne le sont pas ! Ils veulent juste te vendre leur caisse, et ils sont prêts à te raconter n'importe quoi pour que tu achètes.

 

"Si tu veux écouter le même album éternellement, écoute Sigur Ros"

 

Un titre du nouvel album est intitulé « You Are Not a Riot (An RSVP from David Siquieros to Andy Warhol) ». Pour toi, l'art n'a pas de potentiel révolutionnaire ?

Ce n'est pas vraiment ce que je veux dire. David Siquieros, par exemple, était un artiste, un muraliste, et il a participé à la révolution mexicaine. Mais dans les années 50, alors que la révolution s'étendait dans le monde entier, des artistes ont commencé à faire des trucs abstraits, sans aucun sens. On raconte que Andy Warhol était un agent de la CIA. Ça a l'air taré, sauf qu'on sait par exemple que Jackson Pollock était soutenu par des fondations financées par le FBI qui s'était rendu compte de l'impact des artistes sur les gens. Le FBI a voulu contrer cela en créant un nouvel art américain dépolitisé. Ils ne sont pas non plus allés voir les artistes en leur disant « fais ce genre de truc » mais ils ont trouvé ceux qui faisaient déjà ça et ils ont fait leur promotion.

 

Ne penses-tu pas que les gens qui écoutent ta musique sont finalement déjà d'accord avec toi ? Non, pas du tout. Tu n'as qu'à regarder mon mur Facebook et lire toutes les discussions. Ma musique ne ressemble peut-être pas à celle de 50 Cent ou de Nicki Minaj mais je pense que je peux toucher les gamins qui écoutent ça. C'est sûr que je ne produirai jamais une musique qui ne véhicule aucun message. Mais je suis aussi un artiste et j'ai un ego et je veux faire une musique qui m'excite. Sauf que je ne veux pas faire la même chose que tout le monde, ça m'ennuie. Si tu veux écouter le même album encore et encore, tu peux écouter Sigur Ros.

 

Tu restes optimiste pour les prochaines années ?

Si tu analyses correctement la manière dont fonctionne le système, tu ne peux qu'être optimiste. Tu as un mouvement avec des millions de personnes à travers les États-Unis qui veulent changer le système économique. C'est un changement majeur. Tu sais, tu as tellement de mecs et même d'artistes qui croient dans des nuages de fumée comme ce truc avec les Illuminati. Ce sont des idées qui te disent que tu ne peux rien faire. C'est la politique du défaitisme.

 

 

N'est-ce pas particulièrement difficile d'organiser un mouvement collectif aux États-Unis, où l'individualisme est profondément ancré culturellement ?

Avec le capitalisme, l'individualisme s'est répandu dans le monde entier. C'est un problème partout. Mais, en fait, je pense que les gens sont bien plus collectifs que ce qu'on veut dire. Même les rappeurs transmettent une vision erronée de ça, parce que c'est plus branché de parler du côté individualiste. On croit par exemple qu'Oakland est une ville tendue et bla bla bla. En réalité, dans mon quartier, quand quelqu'un fait un barbec', il toque à la porte de tout le monde pour leur apporter un truc à manger. C'est vraiment collectif. Avec Occupy, on a fait une grève générale le 2 novembre dernier. Oakland n'est pas une grande ville mais 50 000 personnes sont venues et on a pris le deuxième port le plus important de la côte Ouest. C'est pour ça qu'ils veulent se débarrasser de nous.

 

Le Hip-hop ne nous dit donc plus la vérité ?

Aucune musique ne te dit la vérité. Je ne suis pas de la Nouvelle-Orléans mais j'y vais souvent parce que j'adore cet endroit. Quand tu vas là-bas, si tu es perdu, tu as toujours quelqu'un pour te dire « Tu vas là et après... non attends, viens avec moi je vais te montrer ». Super amical. Les gens traînent dans la rue, parlent les uns avec les autres. Et ensuite, j'ai écouté la musique qui venait de là. La première fois que j'ai entendu Cash Money, on aurait dit que le monde entier se détestait. Ce n'est pas vrai. Ils veulent juste prétendre être aussi durs que dans les autres villes. Dans le Hip-hop, on a laissé de côté beaucoup d'aspects de la vie pour se contenter de répéter les images que le rap est censé contenir. On ne parle jamais des choses intermédiaires. Les rappeurs parlent des peurs et de la haine mais jamais des insécurités personnelles, de l'indécision ou des petites joies de la vie. Tout est complètement généralisé et romancé. Et plus personne n'essaye de rapper avec passion.

 

Propos recueillis par Pierre Boisson

The Coup: Obama is a puppet of the ruling class


In September 2001, the media was bursted by The Coup as skyscrapers can be pierced in the very heart of Manhattan. Object of the offense: Party Music's album cover, drawn in june, on which Boots Riley and Pam the Funkstress appeared holding a detonator in front of a burning World Trade Center. Boots is qualified as "the most infamous man in pop music" by the Washington Post, and higgledy-piggledy relationships with Al-Qaida, Sadam Hussein and communist parties of every country are attributed to him. Boots is dragged through the mud. But who cares? At the end, it's the place he prefers.

Political activist since he was 15, this dandy -slim jeans, afro haircut guy- is indeed a kind of Forrest Gump of the last 30 years US social movements. Son of the Black Panther's lawyer, activist for women, Blacks, and workers' rights, also a staunch communist, Boots has recently joined the Occupy movement and is leading all-out strikes with his hot and rasping voice.

When he's not teaching at university nor writing scenarios, Boots is incidentally also one of the best American rappers of the last fifteen years. He shot videoclips with Tupac, was ranked among the "10 most influent personalities" by Vibe and The Coup's new album is -for real this time- a bomb. Busy man taking time to outline his thought, Boots gives its vision of the world, of the US and of love in the only interview in which September 11 is not mentioned.

 

 

You are releasing “Sorry To Bother You”, a new album presented as conceptual. What is the theme of this new record?

All my albums are conceptual. The main concept is that the people can have democratic control over the profits they produce. That's what I'm talking about in all my art. However, this one has to be the soundtrack to a movie I'm writing, a dark comedy with magical realism inspired by my time as a telemarketer.

 

Are you a reader of magic realism?

Yes, I have always been a great fan of Garcia Marquez or Toni Morrison. Currently, I'm reading a book for a class that I'm going to be teaching at the University. It's a book on Teatro Campesino which is a social protest theater from the 60's in the central valley of California that used to help the Farm workers’ strike. Right before that, I was reading Michael Ondaatje, The collected works of Billy the Kid. And Midnight's Children by Salman Rushdie.

 

You worked as a telemarketer in 1994 when you stopped doing music to form the organization “the Young Comrades”. How important has this job been in your life?

I think my ability to write well comes from my earlier history as a salesperson. When you sell something for a company, you really are being like a vulture. You have to listen to the people to find what they want and to sell them what you have. But in art, you sell an idea, and to do it, you have to listen to the people. Thus working as a telemarketer allows me to key into what is persuasive. It helps my writing immensely.

 

 

How do you endorse the contradiction between being a vulture salesman and a communist activist?

People are very contradictories. At the same time I was a political organizer. I was also a party club promoter. Before that, I was the kid that went door-to-door selling newspapers subscriptions. And I was lying to people, saying 'Hey, it's my last subscription, I feel like I'm not gonna sell it tonight' I was crying. 'If you buy it, I'll get a trip to Disneyland where I have never been to'. And it has always worked. We all are full of contradictions, I'm just not embarrassed to talk about them. It's inside me, inside my music.

 

You campaigned against racism for years, and in the video clip of “The Magic Clap” you shot the true story of your apprehension and torture by the FBI. What has really changed for black Americans with Obama for President?

In the last four years, it was the first time you could see a lot of black people saying that we need to support the government. But Obama is a puppet of the ruling class. Whether he wants to be or not, I don't know what is inside his head. Under capitalism we talk History as being a history of individuals, but that's really not how History worked out. All the advances that humanity has made to civilization have not been one person just leading. It has always been a movement, and particularly in the United States. The only reason we have Medicare, Affirmative Action or civil rights legislation, it's because there was a mass movement that was willing to shot down the industry to get them, not because the right person was elected into the office. Because they were never the right people into the office at that time! When Affirmative Action came into being, Richard Nixon was into the Office and he was probably very racist.

 

"I'm not affraid to say I'm a communist"

 

Do you think that the Occupy Actions that took part all over the country can be this movement, able to plead for a major change in the society?

It can be. Definitely. When I first came upon it, I didn't know what to make of it. I was skeptical a bit, and it took some convincing, even to me, for being part of it. Because it was something really creative and new, something different from the textbook of revolution. This year is the first time people have talked about things with a class analysis. Because of the Occupy Wall Street Movement. It's a terrific time in History to be organizing something like this.

 

What in the Occupy Movement led to a class analysis?

It's a class analysis in different words. Believe me, I have been doing stuff since the 80's and whatever we have done to get up the idea that the struggle is between a ruling class and a working class, nothing has worked. But people got the idea now, with the idea that the 1% makes its wealth off the 99%. There is a good phrase I have heard about this point: « Class-consciousness is knowing what side of the fence you are on ». That is the whole point of the idea of the 99% versus the 1%. We have been so misled by the idea that there is a lower class, a middle class, and an upper class. That whole idea is just to make that there is not a class analysis.

 

Do you still consider yourself as a communist?

I say I'm a communist because I'm not afraid to say it. People don't want to call themselves communists because they don't want to be associated with the mistakes of certain countries. However, there is a lot of people that say they are anarchists and they believe exactly in the same thing I believe. I think that the people can directly and democratically control the profits they create. However, the question is: if we want to share wealth, we have to organize it. And that's communism. Then you can call it whatever you want, Anarco or Boogaloo, I don't care.

 

So you don't believe in democracy as it works today, based on an electoral system, do you?

It isn't real democracy if all you control is the ability for someone to go make decisions for you, around a limit part of existence. In reality, our whole life, and our whole system have to do with profits, right? So if we really want to be democratic, then profit and wealth would be democratic because it is communally made. It takes millions and billions of workers to create the wealth. So it's not a democratic system unless the people that make wealth have a say over how it is used. “Hey, I don't want you to buy another yacht. I want schools for my kids. Because I created that wealth”.

 

What's your analysis of the sub-primes crisis?

I talked about it in interviews a long time before they call it the sub-primes crisis. I just said that the housing prices were going up but nobody had any jobs. It's just easy to see. There is no job, there is no industry and they are telling people to buy houses! Even in schools, they tell you the best thing to do is to get a job, get engaged and buy a house. Even the people that want to help up the community, even the NGOs are saying « hey we need to help everyone buying houses ». But people refuse to look at the fact: there is no job and people are getting paid less and less! That's common sense. But if you talk in that way, they will say that you are not listening to the financial experts. That's like if cars salesmen were the experts in cars. They are not! The person who wants to sell you the car is going to tell you whatever it takes to succeed.

 

"If you want to see the same album being made over and over, you can listen to Sigur Ros"

 

In your new album, there is a song called « You Are Not a Riot (An RSVP from David Siquieros to Andy Warhol) ». Is it a way to put into perspective the revolutionary nature of art?

Not really, because David Siquarios was himself an artist, a Mexican muralist, and was part of the Mexican revolution. But int the 50's, while the revolution was going on all over the world, artists were coming on doing this abstract stuff, that didn't intend to have any meaning. We know that Jackson Pollock was supported by foundations which were financed by the FBI since it realized so much art was coming out and affecting people. The FBI wanted to counteract that, so they intended to create a new American art that was not political. It's not that they went to artists and said « make this kind of art », they just found artists that were doing that and promoted them.

 

Don't you think that people who listen to you already agree with you?

No, definitely not. You can just look at my Facebook wall and see all the arguments. I don't make the music style of 50 cent or Nicky Minaj but I think that the kids who are listening to them can be reached. Yes. If I was purely being something that had no artistic drive but only wanted to put a message, I would say no. But I'm also an artist and I have an ego so I want to make music that excites me. But I don't want to do the same music than everybody does. I'm bored with that. If you want to see the same album being made over and over, you can listen to Sigur Ros.

 

 

Are you optimistic about what will happen in the next years?

If you have a correct analysis about how the system works then it leads to optimism. You have a movement with millions of people in the US saying we have to change the way the economic system works. It's a big major change. There were so many folks, even artists, that talked the system worked in a certain way, and believed in all these smoking mirrors like the Illuminati stuff. These ideas tell you there is nothing you can do. It's the politics of defeatism.

 

 

 

Isn’it particularly difficult to organize a collective movement in the United States, where individualism has been culturally anchored for so long?

Individualism in capitalism has been pushed all over the world. That's a problem everywhere. But I think that, actually, culturally, people are a lot more communal than it's talked about. Even rappers misrepresent that. What is « in » is to talk about the individualistic side. People represent Oakland as being hard, and blahblahblah. But in reality, in my neighborhood, when somebody does a BBQ, they knock on everybody’s doors and give people food. It's really communal. With Occupy, we did a general strike here in Oakland. It's not a big town but 50,000 people came out on November 2nd. Then we shot down the port, the second largest of the West Coast. That's why they want to get rid of us.

 

Do you think Hip-hop is no longer telling the truth?

No, music is telling the truth. No, art is. I'm not from New Orleans but I’m used to go there, it's my favorite place to be. Whenever I was there, if I was lost, people said me « You go there man, no, wait, just walk with me, I’ll show you”. So friendly. People out on the streets talking to each other. Hanging out. And then I hear the music that comes from there. The first time I heard Cash Money, it sounded like everybody hates each other. It's not true. They try to be as hard as in other places. In Hip-hop, we leave out important things about life because we are instructed about what sort of images it's supposed to have. We don't talk about the in-between things. People talk about fears and anger but they won't talk about insecurity or indecision, or the little joys in life. It's all overly romanticized and generalized. In Hip-hop, people are not trying to be passionate anymore.

 

By Pierre Boisson

Translated by Charlotte Henry de Villeneuve with Léa Gauthier

 

 

 

 

Sole contre tous


Il a fondé l’un des labels les plus mythiques du rap indépendant, traversé l’ouest américain de Seattle à Oakland au gré de ses projets et son activité, incessante depuis 1996, se lit dans les poils roux de son imposante barbe. Sole vit, milite et écrit depuis presque 3 ans à Mile-high-city, le petit surnom de Denver, Colorado, en référence à son altitude. Un mile : une bonne distance pour évoluer au dessus des modes, des courants et pour cracher avec force sur le manège électoral ambiant. Portrait d’un révolutionnaire multitâche.

 

Par Benjamin Carle

 

 

Mitt Romney embrasse sa femme, il est content de lui. Nous sommes à l’université de Denver, le 3 octobre dernier, et le candidat républicain vient, à l’unanimité des éditorialistes, de mettre son adversaire Barack Obama dans les cordes pendant une heure et demie de débat. Mais le mormon n’est pas le seul à avoir réussi son coup. « Nous avons organisé une manifestation sur le thème Stop the Empire, en opposition au débat et plus généralement au système. C’était un succès : on était plus de 300, dont la candidate du Green Party (Jill Stein) », se félicite Tim Holland, apparemment familier de ce genre de rassemblements. « Cette marche était assez surréaliste : la police de Denver est l’une des plus violentes du pays et, normalement, dès que l’on commence à marcher ils se mettent à arrêter ou tabasser les manifestants. Du coup ça termine quasi systématiquement en face à face. Là, on peut être sur qu’Obama avait donné l’ordre de ne pas intervenir… Et en même temps, sur la fin on était si nombreux qu’il valait mieux pour eux qu’ils ne se mettent pas sur notre putain de chemin. » On l’aura compris, Tim Holland est un activiste, contre le bipartisme et l’impérialisme américain, et pour une certaine idée de l’anarchie. Mais Tim Holland est aussi, à ses heures pas perdues pour tout le monde, un rappeur culte.

 

En 2000, Tim a 23 ans quand il pond son premier album solo sous le nom de Sole : « Bottle of Humans ». Aucune rime, peu de punchlines, mais de la prose au kilo et suffisamment d’esprit pour alimenter sa propre idéologie. Quatre ans plus tôt, il perçait déjà avec les Live Poets – désormais dead – sur la scène underground de Portland. Hyperactif, obsédé par la dynamique qu’il compte créer, il rassemble autour de lui Buck 65, Doseone ou Atmosphere, soit les futurs membres de son label fondé ses potes Alias et Pedestrian en 1998. « Quand j’ai créé Anticon, il y avait plus qu’une posture indépendante. L’idée c’était d’être regroupé autour d’une idéologie commune, une opposition au système », évoque Sole en terminant son bol de céréales. A l’époque, Anticon est décrit comme un mouvement comparable au post-rock pour le hip-hop, en raison de ses sorties novatrices et souvent sans concessions. Sole lui-même apprécie le parallèle : « Ce que fait le label Constellation (label post-rock phare avec des groupes comme A Silver Mount Zion ou Godspeed You ! Black Emperor, ndlr) a toujours été une inspiration : ils s’en foutent. Leur militantisme n’a pas de barrière et c’est important de ne pas laisser ce monde de latex nous dicter la façon de sortir de la musique. » Durant toute la décennie 2000, Sole ne passe pas 10 mois sans sortir un album, une mixtape ou un live, seul ou avec le Skyrider Band. Pendant ce temps, Anticon devient le nom à citer autour d’une bière pour se la donner, ce qui ne plait que modérément au sosie de Zach Galifiniakis : « Honnêtement, je ne me reconnaissais plus là-dedans. Ca ressemblait plus à Pitchfork qu’à un label avec une identité politique. Je voulais faire les choses de mon côté. » On est en 2010, et en guise de défouloir, il se lâche sur des instrus de Lupe Fiasco, Jay Z ou Rihanna qu’il transforme en manifestes anticapitalistes (« So the rich can sleep tonight », « The long war »). Jamais de temps mort. La carrière de Sole est aussi remplie que ses couplets. Parallèlement, il s’installe à Denver et va mettre la même implication dans la vie locale que dans ses paroles.

 

 

« Participer au mouvement Occupy m’a appris à faire des phrases »

 

En arrivant dans la capitale du Colorado, Sole trouve une ville à l’image du reste des Etats-Unis : en crise. Les saisies immobilières se multiplient depuis 2008, le taux de chômage est à 8% dans la métropole et la possibilité de fumer une herbe légalisée depuis 2005 n’adoucit pas la situation. « Rapidement je me suis intéressé au mouvement Occupy Denver. J’étais là. Je participais comme je pouvais, se souvient le rouquin qui ne peut s’empêcher de faire un parallèle historique. Pour moi c’est l’équivalent de mai 68 en France. Ce mouvement crée des conversations, de nouvelles formes d’actions. J’ai toujours été plus intéressé par les problématiques globales du capitalisme, mais les actions locales permettent de mieux le combattre. Par exemple, lorsqu’on récupère une parcelle inoccupée pour y planter des légumes, on donne de la nourriture gratuite aux gens et on frappe un grand coup dans les rouages du capitalisme. » C’est beau. Un peu trop même pour le rappeur, qui refuse de résumer le mouvement dans un état d’esprit Bisounours : « Nous ne sommes pas dans l’action non-violente. Tout le monde peut matérialiser son action comme il l’entend et le mouvement fournit une aide juridique et financière. Au cas où. » Une action plus libre ou plus violente ? « Les deux : on est des putains d’anarchistes, mec. On a passé l’étape qui consiste juste à faire grève. »

 

Quand on a le talent d’orateur de Sole, distribuer des patates aux flics n’est pourtant pas forcément le rôle attendu. On le voit donc souvent sur les marches du Capitole en train d’haranguer la foule avec son mégaphone. Il prend même à partie le gouverneur en octobre 2011 ce qui, par la force des choses, lui vaut d’être nommé attaché de presse. « Je m’occupe des communiqués, des tracts qui expliquent nos actions. Je rédige la ligne politique du mouvement », présente-t-il. Ce job, Tim l’a pris à cœur, et il a même transformé sa façon de penser la vie et la musique. « En tant que citoyen, c’est super gratifiant. Etre dans l’action pour moi c’est comme si je pouvais développer et mettre en pratique toutes les idées que j’ai dans la tête depuis 15 ou 20 ans. Toutes mes lectures, mes expériences personnelles, ma pensée politique… Tout ça prend corps dans l’action que je mène. Je ne suis plus le « studio gangster » que j’étais. En plus, ce travail d’attaché de presse m’a permis d’apprendre à faire des phrases : jusque là je ne savais écrire qu’en bloc de 100 ou 150 mots que j’adaptais sur l’instru. » Un changement visible sur son dernier album, « A ruthless criticism of everything existing ». Pas besoin de faire un dessin : c’est dense et direct. L’album se lit comme un journal de la dernière année du MC, entre analyse de société, bilan de l’action… et critique acerbe de l’impérialisme local.

 

 

« Faire de la musique politisée, c’est un chemin merdique. »

 

En moins de deux ans, Sole aura donc livré autant de chansons que la moitié des groupes du mouvement post-punk réunis. « Franchement, pour moi, écrire une chanson c’est facile, sourit-il. En une journée je peux écrire et enregistrer un morceau. Et j’enchaîne pendant un mois en écrivant de la bonne came. » Easy. Et ce n’est pas faute de parler de sujets complexes : entre un rêve de malheur pour les investisseurs, et une digression sur le sémitisme des arabes, sa seule distraction est une série d’insultes contre Wells Fargo, connue pour être la banque qui fait payer pour tout et n’importe quoi. Un sens des priorités : « Je n’ai jamais écrit une chanson sur ma femme, sur combien je l’aime, etc. Je crois vraiment que les types qui écrivent des chansons d’amour ont juste envie de baiser. Et puis, sérieusement, combien de chansons d’amour tu peux écrire dans une seule vie ? C’est ce que disait Guy « Gouaille » Debord : l’art doit s’élever au dessus des normes pour être pertinent et challenger les règles de la société. Je suis tout à fait d’accord avec ça. Sinon, quel est le putain d’intérêt ? »

 

Sans les jurons, on croirait entendre un prêtre rentrer dans les ordres. Et pour cause, le mec porte sa croix. « Honnêtement, c’est compliqué. Faire de la musique politisée, c’est un chemin vraiment merdique, lâche-t-il dans un soupir interrompu par le jappement d’un clébard. On me reproche tout le temps de mêler la politique à l’art. Pour ça les réseaux sociaux n’aident pas. » Sur sa page Facebook, chaque remarque contre l’armée, chaque commentaire un peu trop éloigné du patriotisme de rigueur entraine son lot de critiques, comme lorsqu’il propose un nouveau T-shirt « Fuck the police state » le jour de l’anniversaire du 11/09. Mais même lui qui a embrassé l’internationale situationniste ne se considère pas comme un activiste : « Je n’aime pas le terme. Ca implique un truc intéressant, mais encore une fois c’est du vent. Trop de mecs viennent se montrer sur les plateaux télés avec comme pancarte : rappeur/activiste. C’est juste des cautions utiles pour la société du spectacle. » Approchez, vous autres indignés prévisibles, le barbu rase gratis.

 

Very Bad Trip

 

« Dans 4 ans, le peuple sera prêt pour une révolution »

 

Sole avoue aisément qu’il serait plutôt favorable à une forme d’anarcho-syndicalisme. Autant dire que le choix Romney-Obama, c’est peste-choléra, ou Pepsi-Coca, comme le dirait Olivier Besancenot. Et pourtant « en 2008, j’ai voté Obama. Le mec me parlait. Il voulait revoir le budget de l’Armée (NDAA), normaliser les relations avec Cuba, fermer Guantanamo… Il était le candidat de l’espoir et il a vraiment déçu. » Sur sa dernière mixtape (« Dispatches from the American fall »), Sole et Jared Paul chantent : « Mon président est noir et je sais que c’est historique. Ca n’aide pas, mais j’ai l’impression d’avoir été trompé sur la marchandise et je veux qu’on me rembourse ou qu’on me donne le changement que nous demandions. Nous voulons un « new deal » pas un républicain noir. » En un refrain comme en cent, on ne l’y reprendra plus.

 

Malgré la déception, en bon adepte de Debord, Sole utilise l’ironie comme parade : « Au final, c’est marrant que tout ce mouvement, Occupy, et cette prise de conscience arrive alors qu’il est président. Je me dis qu’à la fin de son second mandat – et je pense qu’il fera 4 ans de plus – le peuple sera prêt pour une révolution. » D’ici là, Sole compte bien continuer son implantation à Denver et son boulot de porte-parole : « Ma femme cherche du travail ici. Elle a postulé à une offre comme professeur dans un collège et elle se retrouve avec 300 autres demandeurs. Il y a 20 ans, personne ne voulait être prof, aujourd’hui 300 personnes se battent pour ce job ! Ce pays a tué tout ce qui faisait sa richesse en remplaçant les hommes par des machines. Il n’y a plus de boulot… » Presque un argument de campagne. Joe Biden, vice-président, s’est permis récemment une punchline pour résumer le bilan d’Obama : « Ben Laden est mort, General Motors est en en vie. » Sole, pas dégueu dans la discipline, l’a donc clashé en réponse : « Le capitalisme américain est mort, puisse le reste de la terre vivre. » Pas gagné.

 

Tous propos recueillis par BC

 

Sole


Il a fondé l’un des labels les plus mythiques du rap indépendant, traversé l’ouest américain de Seattle à Oakland au gré de ses projets et son activité, incessante depuis 1996, se lit dans les poils roux de son imposante barbe. Sole vit, milite et écrit depuis presque 3 ans à Mile-high-city, le petit surnom de Denver, Colorado, en référence à son altitude. Un mile : une bonne distance pour évoluer au dessus des modes, des courants et pour cracher avec force sur le manège électoral ambiant. Portrait d’un révolutionnaire multitâche.

 

Par Benjamin Carle

 

 

Mitt Romney embrasse sa femme, il est content de lui. Nous sommes à l’université de Denver, le 3 octobre dernier, et le candidat républicain vient, à l’unanimité des éditorialistes, de mettre son adversaire Barack Obama dans les cordes pendant une heure et demie de débat. Mais le mormon n’est pas le seul à avoir réussi son coup. « Nous avons organisé une manifestation sur le thème Stop the Empire, en opposition au débat et plus généralement au système. C’était un succès : on était plus de 300, dont la candidate du Green Party (Jill Stein) », se félicite Tim Holland, apparemment familier de ce genre de rassemblements. « Cette marche était assez surréaliste : la police de Denver est l’une des plus violentes du pays et, normalement, dès que l’on commence à marcher ils se mettent à arrêter ou tabasser les manifestants. Du coup ça termine quasi systématiquement en face à face. Là, on peut être sur qu’Obama avait donné l’ordre de ne pas intervenir… Et en même temps, sur la fin on était si nombreux qu’il valait mieux pour eux qu’ils ne se mettent pas sur notre putain de chemin. » On l’aura compris, Tim Holland est un activiste, contre le bipartisme et l’impérialisme américain, et pour une certaine idée de l’anarchie. Mais Tim Holland est aussi, à ses heures pas perdues pour tout le monde, un rappeur culte.

 

En 2000, Tim a 23 ans quand il pond son premier album solo sous le nom de Sole : « Bottle of Humans ». Aucune rime, peu de punchlines, mais de la prose au kilo et suffisamment d’esprit pour alimenter sa propre idéologie. Quatre ans plus tôt, il perçait déjà avec les Live Poets – désormais dead – sur la scène underground de Portland. Hyperactif, obsédé par la dynamique qu’il compte créer, il rassemble autour de lui Buck 65, Doseone ou Atmosphere, soit les futurs membres de son label fondé ses potes Alias et Pedestrian en 1998. « Quand j’ai créé Anticon, il y avait plus qu’une posture indépendante. L’idée c’était d’être regroupé autour d’une idéologie commune, une opposition au système », évoque Sole en terminant son bol de céréales. A l’époque, Anticon est décrit comme un mouvement comparable au post-rock pour le hip-hop, en raison de ses sorties novatrices et souvent sans concessions. Sole lui-même apprécie le parallèle : « Ce que fait le label Constellation (label post-rock phare avec des groupes comme A Silver Mount Zion ou Godspeed You ! Black Emperor, ndlr) a toujours été une inspiration : ils s’en foutent. Leur militantisme n’a pas de barrière et c’est important de ne pas laisser ce monde de latex nous dicter la façon de sortir de la musique. » Durant toute la décennie 2000, Sole ne passe pas 10 mois sans sortir un album, une mixtape ou un live, seul ou avec le Skyrider Band. Pendant ce temps, Anticon devient le nom à citer autour d’une bière pour se la donner, ce qui ne plait que modérément au sosie de Zach Galifiniakis : « Honnêtement, je ne me reconnaissais plus là-dedans. Ca ressemblait plus à Pitchfork qu’à un label avec une identité politique. Je voulais faire les choses de mon côté. » On est en 2010, et en guise de défouloir, il se lâche sur des instrus de Lupe Fiasco, Jay Z ou Rihanna qu’il transforme en manifestes anticapitalistes (« So the rich can sleep tonight », « The long war »). Jamais de temps mort. La carrière de Sole est aussi remplie que ses couplets. Parallèlement, il s’installe à Denver et va mettre la même implication dans la vie locale que dans ses paroles.

 

 

« Participer au mouvement Occupy m’a appris à faire des phrases »

 

En arrivant dans la capitale du Colorado, Sole trouve une ville à l’image du reste des Etats-Unis : en crise. Les saisies immobilières se multiplient depuis 2008, le taux de chômage est à 8% dans la métropole et la possibilité de fumer une herbe légalisée depuis 2005 n’adoucit pas la situation. « Rapidement je me suis intéressé au mouvement Occupy Denver. J’étais là. Je participais comme je pouvais, se souvient le rouquin qui ne peut s’empêcher de faire un parallèle historique. Pour moi c’est l’équivalent de mai 68 en France. Ce mouvement crée des conversations, de nouvelles formes d’actions. J’ai toujours été plus intéressé par les problématiques globales du capitalisme, mais les actions locales permettent de mieux le combattre. Par exemple, lorsqu’on récupère une parcelle inoccupée pour y planter des légumes, on donne de la nourriture gratuite aux gens et on frappe un grand coup dans les rouages du capitalisme. » C’est beau. Un peu trop même pour le rappeur, qui refuse de résumer le mouvement dans un état d’esprit Bisounours : « Nous ne sommes pas dans l’action non-violente. Tout le monde peut matérialiser son action comme il l’entend et le mouvement fournit une aide juridique et financière. Au cas où. » Une action plus libre ou plus violente ? « Les deux : on est des putains d’anarchistes, mec. On a passé l’étape qui consiste juste à faire grève. »

 

Quand on a le talent d’orateur de Sole, distribuer des patates aux flics n’est pourtant pas forcément le rôle attendu. On le voit donc souvent sur les marches du Capitole en train d’haranguer la foule avec son mégaphone. Il prend même à partie le gouverneur en octobre 2011 ce qui, par la force des choses, lui vaut d’être nommé attaché de presse. « Je m’occupe des communiqués, des tracts qui expliquent nos actions. Je rédige la ligne politique du mouvement », présente-t-il. Ce job, Tim l’a pris à cœur, et il a même transformé sa façon de penser la vie et la musique. « En tant que citoyen, c’est super gratifiant. Etre dans l’action pour moi c’est comme si je pouvais développer et mettre en pratique toutes les idées que j’ai dans la tête depuis 15 ou 20 ans. Toutes mes lectures, mes expériences personnelles, ma pensée politique… Tout ça prend corps dans l’action que je mène. Je ne suis plus le « studio gangster » que j’étais. En plus, ce travail d’attaché de presse m’a permis d’apprendre à faire des phrases : jusque là je ne savais écrire qu’en bloc de 100 ou 150 mots que j’adaptais sur l’instru. » Un changement visible sur son dernier album, « A ruthless criticism of everything existing ». Pas besoin de faire un dessin : c’est dense et direct. L’album se lit comme un journal de la dernière année du MC, entre analyse de société, bilan de l’action… et critique acerbe de l’impérialisme local.

 

 

« Faire de la musique politisée, c’est un chemin merdique. »

 

En moins de deux ans, Sole aura donc livré autant de chansons que la moitié des groupes du mouvement post-punk réunis. « Franchement, pour moi, écrire une chanson c’est facile, sourit-il. En une journée je peux écrire et enregistrer un morceau. Et j’enchaîne pendant un mois en écrivant de la bonne came. » Easy. Et ce n’est pas faute de parler de sujets complexes : entre un rêve de malheur pour les investisseurs, et une digression sur le sémitisme des arabes, sa seule distraction est une série d’insultes contre Wells Fargo, connue pour être la banque qui fait payer pour tout et n’importe quoi. Un sens des priorités : « Je n’ai jamais écrit une chanson sur ma femme, sur combien je l’aime, etc. Je crois vraiment que les types qui écrivent des chansons d’amour ont juste envie de baiser. Et puis, sérieusement, combien de chansons d’amour tu peux écrire dans une seule vie ? C’est ce que disait Guy « Gouaille » Debord : l’art doit s’élever au dessus des normes pour être pertinent et challenger les règles de la société. Je suis tout à fait d’accord avec ça. Sinon, quel est le putain d’intérêt ? »

 

Sans les jurons, on croirait entendre un prêtre rentrer dans les ordres. Et pour cause, le mec porte sa croix. « Honnêtement, c’est compliqué. Faire de la musique politisée, c’est un chemin vraiment merdique, lâche-t-il dans un soupir interrompu par le jappement d’un clébard. On me reproche tout le temps de mêler la politique à l’art. Pour ça les réseaux sociaux n’aident pas. » Sur sa page Facebook, chaque remarque contre l’armée, chaque commentaire un peu trop éloigné du patriotisme de rigueur entraine son lot de critiques, comme lorsqu’il propose un nouveau T-shirt « Fuck the police state » le jour de l’anniversaire du 11/09. Mais même lui qui a embrassé l’internationale situationniste ne se considère pas comme un activiste : « Je n’aime pas le terme. Ca implique un truc intéressant, mais encore une fois c’est du vent. Trop de mecs viennent se montrer sur les plateaux télés avec comme pancarte : rappeur/activiste. C’est juste des cautions utiles pour la société du spectacle. » Approchez, vous autres indignés prévisibles, le barbu rase gratis.

 

Very Bad Trip

 

« Dans 4 ans, le peuple sera prêt pour une révolution »

 

Sole avoue aisément qu’il serait plutôt favorable à une forme d’anarcho-syndicalisme. Autant dire que le choix Romney-Obama, c’est peste-choléra, ou Pepsi-Coca, comme le dirait Olivier Besancenot. Et pourtant « en 2008, j’ai voté Obama. Le mec me parlait. Il voulait revoir le budget de l’Armée (NDAA), normaliser les relations avec Cuba, fermer Guantanamo… Il était le candidat de l’espoir et il a vraiment déçu. » Sur sa dernière mixtape (« Dispatches from the American fall »), Sole et Jared Paul chantent : « Mon président est noir et je sais que c’est historique. Ca n’aide pas, mais j’ai l’impression d’avoir été trompé sur la marchandise et je veux qu’on me rembourse ou qu’on me donne le changement que nous demandions. Nous voulons un « new deal » pas un républicain noir. » En un refrain comme en cent, on ne l’y reprendra plus.

 

Malgré la déception, en bon adepte de Debord, Sole utilise l’ironie comme parade : « Au final, c’est marrant que tout ce mouvement, Occupy, et cette prise de conscience arrive alors qu’il est président. Je me dis qu’à la fin de son second mandat – et je pense qu’il fera 4 ans de plus – le peuple sera prêt pour une révolution. » D’ici là, Sole compte bien continuer son implantation à Denver et son boulot de porte-parole : « Ma femme cherche du travail ici. Elle a postulé à une offre comme professeur dans un collège et elle se retrouve avec 300 autres demandeurs. Il y a 20 ans, personne ne voulait être prof, aujourd’hui 300 personnes se battent pour ce job ! Ce pays a tué tout ce qui faisait sa richesse en remplaçant les hommes par des machines. Il n’y a plus de boulot… » Presque un argument de campagne. Joe Biden, vice-président, s’est permis récemment une punchline pour résumer le bilan d’Obama : « Ben Laden est mort, General Motors est en en vie. » Sole, pas dégueu dans la discipline, l’a donc clashé en réponse : « Le capitalisme américain est mort, puisse le reste de la terre vivre. » Pas gagné.

 

Tous propos recueillis par BC

P.O.S : "L'argent baise les gens"


Stefon Alexander est un homme complexe. Guitariste de Building Better Bombs, pianiste de Marijuana Deathsquads, c'est surtout la voix grave qui se cache derrière P.O.S, un des meilleurs représentants du Hip-hop indépendant américain. Ancien soutien d'Obama, il revient aujourd'hui avec les crocs acérés et surine le rêve américain, Barack et tout ce qui ressemble de près ou de loin à de l'argent dans un nouvel album dément. Entretien avec un punk.

 

Par Pierre Boisson

 

 

Ton nouvel album est intitulé «We Don't Even Live Here» [On ne vit même pas ici, NDLR]. D'où sors-tu ce titre ?

C'est pas très compliqué. Ce que j'ai voulu dire, simplement, c'est que le monde est un endroit pourri, où rien est juste, où tout est purement économique. L'idée c'est donc de trouver une nouvelle manière de vivre dans ce pays. Se placer en dehors de la société pour profiter d'une existence plus libre. Et personne ne le fera à ta place : c'est à toi de trouver les règles qui te conviennent.

 

Il s'agit donc pour toi d'un processus plus individuel que collectif ?

C'est difficile de mettre en place un changement qui veuille dire quelque chose pour beaucoup de monde. Par contre, tu peux travailler à l'intérieur de la communauté dans laquelle tu vis. Honnêtement, ça doit se passer à l'intérieur de toi, tu dois d'abord changer tes attentes et tes standards, et réaliser que la quête de richesse n'a rien à voir avec le bonheur.

 

Le titre « Fuck Your Stuff » est, dans ce sens, une sorte de profession de foi anti-matérialiste...

Cette chanson, c'est ma manière de dire que ce que tu possèdes ou la manière dont tu t'habilles ne veulent strictement rien dire pour moi. Aujourd'hui, toutes les grandes entreprises font de la recherche pour découvrir la meilleure manière de te faire acheter de la merde. Et c'est difficile d'aller contre ça, c'est psychologique : les gens pensent que plus tu as de trucs, plus tu vas être heureux.

 

Le Hip-hop n'a-t-il pas une influence sur cette manière de penser à force de parler de grosses caisses, de dents en or et de putes ?

Si, bien sûr. Mais ce n'est pas seulement les rappeurs, c'est tout le monde. Le Hip-hop est censé représenter les gens et les gens ne pensent qu'à ça. Regarde autour de toi, tout le monde ne cherche qu'à frimer. Dès ton plus jeune âge, tu te rends compte que tu n'arriveras jamais à poursuivre tes rêves, que tu devras courir après l'argent parce que c'est la manière dont notre monde fonctionne. On est piégés mec. Piégés parce que tu passes une grande partie de ta vie à faire des choses dont tu n'as rien à foutre et que tu ne veux pas faire, juste parce que tu as besoin d'argent.

 

 

Dans Wanted Wasted, tu rappes « C'est dans l'âme d'un noir de secouer cet or -non. C'est dans l'âme d'un noir de se libérer de ses chaînes » (It’s in a black man’s soul to rock that gold – nah / it’s in a black man’s soul to take the chain off'). D'après toi, la communauté afro-américaine est particulièrement marquée par ce culte de l'apparence ?

Je ne sais pas. Toutes les personnes qui ont grandi avec la pop culture, tous ceux qui vivent dans la société américaine veulent montrer qu'ils sont prospères. Quand tu es black, peut-être du fait de l'influence de la musique et de la culture urbaine, tu veux porter des chaînes et t'acheter des belles fringues. Mais un blanc qui habite en banlieue voudra, lui, s'acheter une belle voiture et une belle maison.

 

La maison en banlieue, la belle voiture, ce n'est donc plus le rêve américain ?

Le rêve américain est quelque chose qui a peut-être existé dans les années 50 ou 60 mais ça ne veut plus dire grand chose aujourd'hui. L'idée que quelqu'un peut partir de rien et atteindre progressivement le sommet ? On ne dirait pas que les choses fonctionnent encore comme ça ! Maintenant, c'est plutôt du genre tu montes un peu, et puis tu restes dans cette position pendant quarante ans. Le rêve américain c'est une légende, une histoire que les gens aiment raconter.

 

Et cette légende a toujours un impact sur la mentalité américaine?

Carrément, c'est une énorme partie de notre culture. Pas seulement aux États-Unis d'ailleurs, partout. Les gens se poignardent dans le dos, tout le monde veut aller plus haut. L'argent baise les gens. Je ne veux pas paraître taré ou me la jouer scientifique, mais on a pas assez de ressources pour continuer à vivre comme on le fait aujourd'hui. Notre culture est basée sur le gaspillage. Mais bon, j'ai arrêté de me mêler de politique. La démocratie, c'est une blague. On fait tous semblant de croire qu'on a notre mot à dire. C'est des conneries.

 

 

Tu évoques les mouvement Occupy dans ton dernier album. C'est une manière de voir la politique qui t'intéresse ?

Pas vraiment. Enfin, si, je regarde ce qui se passe et comment évoluent les choses. Mais je préfère protester dans la manière dont je vis ma vie, dans la manière dont je structure mes journées. Je crois dans un mouvement collectif si ça bouge. Sinon, ce n'est pas un mouvement, c'est juste une coquille d'idées ! Je ne suis pas forcément d'accord avec la non-violence, je ne suis pas forcément d'accord avec le fait de rester assis et de chanter. Je crois dans la libération direct, je crois dans le fait d'aller reprendre les choses qui nous appartiennent. Et je souhaite juste avoir un endroit où j'ai envie d'être, où je peux être seul et où personne ne va venir me faire chier.

 

Il y a quatre ans, tu avais donné de l'argent pour la campagne d'Obama. Tu as signé un chèque cette fois-ci ?

Il y a quatre ans, j'ai donné de l'argent, j'ai donné de mon temps, j'ai essayé d'apporter ma contribution. Mais pas cette fois. Tout le monde parle des mêmes choses mais personne n'évoque ce qui est vraiment important. La manière dont l'argent fonctionne. La façon dont on utilise nos ressources. Penser le futur différemment. Au lieu de ça, les quatre dernières années n'ont été que du show. C'est du sport mec, c'est la même chose que de regarder un putain de match de foot.

 

Propos recueillis par Pierre Boisson

P.O.S : "Money fucks people up"


Stefon Alexander est un homme complexe. Guitariste de Building Better Bombs, pianiste de Marijuana Deathsquads, c'est surtout la voix grave qui se cache derrière P.O.S, un des meilleurs représentants du Hip-hop indépendant américain. Ancien soutien d'Obama, il revient aujourd'hui avec les crocs acérés et surine le rêve américain, Barack et tout ce qui ressemble de près ou de loin à de l'argent dans un nouvel album dément. Entretien avec un punk.

 

Par Pierre Boisson

 

 

Ton nouvel album est intitulé «We Don't Even Live Here» [On ne vit même pas ici, NDLR]. D'où sors-tu ce titre ?

C'est pas très compliqué. Ce que j'ai voulu dire, simplement, c'est que le monde est un endroit pourri, où rien est juste, où tout est purement économique. L'idée c'est donc de trouver une nouvelle manière de vivre dans ce pays. Se placer en dehors de la société pour profiter d'une existence plus libre. Et personne ne le fera à ta place : c'est à toi de trouver les règles qui te conviennent.

 

Il s'agit donc pour toi d'un processus plus individuel que collectif ?

C'est difficile de mettre en place un changement qui veuille dire quelque chose pour beaucoup de monde. Par contre, tu peux travailler à l'intérieur de la communauté dans laquelle tu vis. Honnêtement, ça doit se passer à l'intérieur de toi, tu dois d'abord changer tes attentes et tes standards, et réaliser que la quête de richesse n'a rien à voir avec le bonheur.

 

Le titre « Fuck Your Stuff » est, dans ce sens, une sorte de profession de foi anti-matérialiste...

Cette chanson, c'est ma manière de dire que ce que tu possèdes ou la manière dont tu t'habilles ne veulent strictement rien dire pour moi. Aujourd'hui, toutes les grandes entreprises font de la recherche pour découvrir la meilleure manière de te faire acheter de la merde. Et c'est difficile d'aller contre ça, c'est psychologique : les gens pensent que plus tu as de trucs, plus tu vas être heureux.

 

Le Hip-hop n'a-t-il pas une influence sur cette manière de penser à force de parler de grosses caisses, de dents en or et de putes ?

Si, bien sûr. Mais ce n'est pas seulement les rappeurs, c'est tout le monde. Le Hip-hop est censé représenter les gens et les gens ne pensent qu'à ça. Regarde autour de toi, tout le monde ne cherche qu'à frimer. Dès ton plus jeune âge, tu te rends compte que tu n'arriveras jamais à poursuivre tes rêves, que tu devras courir après l'argent parce que c'est la manière dont notre monde fonctionne. On est piégés mec. Piégés parce que tu passes une grande partie de ta vie à faire des choses dont tu n'as rien à foutre et que tu ne veux pas faire, juste parce que tu as besoin d'argent.

 

 

Dans Wanted Wasted, tu rappes « C'est dans l'âme d'un noir de secouer cet or -non. C'est dans l'âme d'un noir de se libérer de ses chaînes » (It’s in a black man’s soul to rock that gold – nah / it’s in a black man’s soul to take the chain off'). D'après toi, la communauté afro-américaine est particulièrement marquée par ce culte de l'apparence ?

Je ne sais pas. Toutes les personnes qui ont grandi avec la pop culture, tous ceux qui vivent dans la société américaine veulent montrer qu'ils sont prospères. Quand tu es black, peut-être du fait de l'influence de la musique et de la culture urbaine, tu veux porter des chaînes et t'acheter des belles fringues. Mais un blanc qui habite en banlieue voudra, lui, s'acheter une belle voiture et une belle maison.

 

La maison en banlieue, la belle voiture, ce n'est donc plus le rêve américain ?

Le rêve américain est quelque chose qui a peut-être existé dans les années 50 ou 60 mais ça ne veut plus dire grand chose aujourd'hui. L'idée que quelqu'un peut partir de rien et atteindre progressivement le sommet ? On ne dirait pas que les choses fonctionnent encore comme ça ! Maintenant, c'est plutôt du genre tu montes un peu, et puis tu restes dans cette position pendant quarante ans. Le rêve américain c'est une légende, une histoire que les gens aiment raconter.

 

Et cette légende a toujours un impact sur la mentalité américaine?

Carrément, c'est une énorme partie de notre culture. Pas seulement aux États-Unis d'ailleurs, partout. Les gens se poignardent dans le dos, tout le monde veut aller plus haut. L'argent baise les gens. Je ne veux pas paraître taré ou me la jouer scientifique, mais on a pas assez de ressources pour continuer à vivre comme on le fait aujourd'hui. Notre culture est basée sur le gaspillage. Mais bon, j'ai arrêté de me mêler de politique. La démocratie, c'est une blague. On fait tous semblant de croire qu'on a notre mot à dire. C'est des conneries.

 

 

Tu évoques les mouvement Occupy dans ton dernier album. C'est une manière de voir la politique qui t'intéresse ?

Pas vraiment. Enfin, si, je regarde ce qui se passe et comment évoluent les choses. Mais je préfère protester dans la manière dont je vis ma vie, dans la manière dont je structure mes journées. Je crois dans un mouvement collectif si ça bouge. Sinon, ce n'est pas un mouvement, c'est juste une coquille d'idées ! Je ne suis pas forcément d'accord avec la non-violence, je ne suis pas forcément d'accord avec le fait de rester assis et de chanter. Je crois dans la libération direct, je crois dans le fait d'aller reprendre les choses qui nous appartiennent. Et je souhaite juste avoir un endroit où j'ai envie d'être, où je peux être seul et où personne ne va venir me faire chier.

 

Il y a quatre ans, tu avais donné de l'argent pour la campagne d'Obama. Tu as signé un chèque cette fois-ci ?

Il y a quatre ans, j'ai donné de l'argent, j'ai donné de mon temps, j'ai essayé d'apporter ma contribution. Mais pas cette fois. Tout le monde parle des mêmes choses mais personne n'évoque ce qui est vraiment important. La manière dont l'argent fonctionne. La façon dont on utilise nos ressources. Penser le futur différemment. Au lieu de ça, les quatre dernières années n'ont été que du show. C'est du sport mec, c'est la même chose que de regarder un putain de match de foot.

 

Propos recueillis par Pierre Boisson

Ceux qui l’aiment prendront le bus


Nourri au biberon rempli de hip-hop, rappeur précoce, ovni génial adepte des contre-pieds dont la musique se vend mieux en France que sur sa terre natale, et allergique au rap conscient. Busdriver prouve à chaque album qu’il est sans doute le meilleur de sa catégorie et suit la campagne présidentielle avec un paquet de popcorn à la main.

 

Par Marie Laure Kamatali, avec Thomas Pitrel

 

 

Pas facile d’énerver Busdriver. Pourtant adepte du flow en excès de vitesse dans ses morceaux, le rappeur californien répond aux questions d’une voix calme et éraillée. De celles qui nécessitent de tendre l’oreille pour saisir certains mots. Pour le faire sortir de route, une seule solution : évoquer le fait que, contrairement à la plupart des autres MCs du rap game américain, le chauffeur de bus est né avec une cuillère en argent dans la bouche. « Je ne comprends pas votre question et je trouve cela offensant dans une certaine mesure, envoie-t-il. Oui, j’ai grandi dans un milieu pleinement bourgeois où ma créativité a été amplement stimulée. Mais je ne sais pas où les autres rappeurs ont grandi. » Citant les Niggaz With Attitude de Dr Dre, Ice Cube et Eazy E (« Express yourself, come on and do it »), Busdriver compte appuyer son idée directrice, partagée par tous ceux avec qui il collabore régulièrement : « ce qu’on fait n’a rien à voir avec d’où l’on vient. »

 

Difficile pourtant de séparer l’homme et sa carrière de ses origines. Regan Farquhar, son vrai blase, est bien le rejeton de Ralph Farquhar, scénariste de Kush Grove, l’un des premiers films sur le hip-hop et son ascension, sorti en 1985 (soit 7 ans après la naissance de Regan). « Je pense que ça a été très important, avouait le MC lors de notre première rencontre en février 2010. Quand il travaillait sur le film, j'ai pu rencontrer quelques acteurs et rappeurs, comme LL Cool J, ce qui a eu un grand effet sur moi. » Sans cette ascendance, il n’est pas certain que Regan aurait commencé à rapper devant son miroir à 9 ans, qu’il aurait sorti son premier album (au sein du groupe 4/29) à 13 ans, ou qu’on l’aurait retrouvé à 15 ans dans les open mics du Good Life Cafe. « C'est là où j'ai tout appris, assure Busdriver. J'ai commencé à aller au Good Life en 1993 et j'ai arrêté en 94, lorsque le Project Blowed a commencé. Et le Project Blowed m'a encore appris beaucoup : rapper sur scène, rapper dehors, rapper dans des sessions freestyles (« cyphers »), les battles, pendant des heures et des heures. »

 

 

« Personne ne comprend ce que je dis »

 

En stakhanoviste du papier et du stylo, le jeune homme passe alors son temps à écrire, y compris lors de son passage à l’Université américaine de Paris à 21 ans, écourté pour cause de grossesse de sa copine de l’époque. En même temps que sa fille naît alors son premier album solo suivi de multiples autres galettes, de collaborations dans le monde entier et de tournées interminables. Peu importe le nombre de tours du monde, le point de chute reste le même : Los Angeles, où il est né et où il réside encore aujourd’hui. « J’y ai d’importantes attaches, ma famille, ma fille de 14 ans, justifie-t-il. Cette ville est ma base et elle est importante pour moi. Mais je ne peux pas dire que j’aime ma ville. Je n’aime pas ma ville, je suis juste là. » Si Busdriver n’est pas complètement croque-love de sa ville, c’est peut-être parce que son succès s’est essentiellement construit ailleurs. Et notamment en France, où celui qui a souvent bossé avec TTC n’oublie jamais de prévoir une dizaine de dates à chacune de ses tournées européennes.

 

« Je ne vois pas ce qui peut l'expliquer car, à mon sens, ma musique est à l'opposé de ce que je pense que les jeunes Français aiment écouter, s’étonne le conducteur de bus. Je crois que de toute façon personne ne comprend ce que je dis, que ce soit en France ou aux Etats-Unis ! On peut entendre quelques paroles parfois mais ça n'aide pas beaucoup. Je pense que les gens s'intéressent à ma façon de rapper et de faire des beats. » Une façon souvent décrite comme le mélange d’un flow mitraillette ultra technique et d’instrus ovni souvent déstructurées comme il faut. L’intéressé, lui, considère qu’il s’impose déjà trop de contraintes pour que l’on puisse parler de free rap comme on évoque le free jazz. « Je ne pense pas avoir tant de liberté que ça. C’est un terme romantique qui n’a pas le sens que les gens lui donnent souvent. Elle te donne le temps d’explorer mais nécessite aussi de la discipline. La liberté peut-être dangereuse à plusieurs niveaux et je ne suis pas sûr d’utiliser la mienne à bon escient au niveau créatif notamment. » Un homme qui critique la liberté dans un pays où celle-ci est élevée au rang de dogme absolu a forcément des choses à dire sur la politique.

 

 

Black Panthers et One Direction

 

Sauf que Busdriver est de ceux qui comparent les élections et leur campagne à un Superbowl, qu’il suit depuis son canapé, un saladier de popcorn sur les genoux. « Je ne pense pas que quiconque sera élu aux États-Unis sera capable de faire quoique ce soit qui apportera un changement réel à la vie des citoyens américains, désabuse-t-il. Je soutiens de loin des mouvements tels que Occupy mais je n’ai pas le goût de l’anarchie ni les ressources suffisantes pour occuper quoi que ce soit. » Il y a bien quelques morceaux, comme l’excellent single Me Time, dans lesquels il va dénoncer, pêle-mêle, Fox News, les lobbys US ou les financiers, mais dans l’absolu le rap conscient est bien loin d’être sa tasse de thé. « Je crois au contenu politique dans le rap mais je n'aime pas le rap conscient, je n'aime pas de quoi ils parlent, claque-t-il. Quand tu fais du rap conscient, tu dois adhérer à des idées basées sur le Mouvement des droits civiques, les Black Panthers, et ce genre de trucs. Or, pour moi, ces références ne s'appliquent plus du tout au contexte actuel. »

 

Atypique et souvent génial, Regan Farquhar a pour lui d’assumer totalement l’égoïsme de sa démarche artistique. « Ado, j’étais plutôt triste, calme et socialement inapte, se souvient-il. La musique était un moyen de communication avec moi-même, c’est une nécessité avec laquelle j’ai grandi, c’était un besoin. » Son dernier album a été écrit après le départ de sa fiancée et la fin de son contrat avec son label et Busdriver n’a de cesse d’évoquer son besoin de faire des sons « fun, énormes et névrosés ». Actuellement, il produit encore peu pour les autres et sent qu’il a besoin de travailler avant de se sentir prêt à prendre en charge la production d’autres artistes. Malgré les nombreux featurings de ses potes californiens (Open Mike Eagle et Nocando, par exemple, sur le superbe Werner Herzog ci-dessous), peut-être aussi que le monde n’est pas prêt pour sa musique. C’est en tout cas vrai en ce qui concerne sa fille. « Elle se moque souvent de mes productions, elle préfère écouter One Direction », se désole-t-il. On peut donc d’ores et déjà parler de la fin d’une dynastie.

 

 

Tous propos recueillis par MLK et TP

Back of the bus


Nourri au biberon rempli de hip-hop, rappeur précoce, ovni génial adepte des contre-pieds dont la musique se vend mieux en France que sur sa terre natale, et allergique au rap conscient. Busdriver prouve à chaque album qu’il est sans doute le meilleur de sa catégorie et suit la campagne présidentielle avec un paquet de popcorn à la main.

 

Par Marie Laure Kamatali, avec Thomas Pitrel

 

 

Pas facile d’énerver Busdriver. Pourtant adepte du flow en excès de vitesse dans ses morceaux, le rappeur californien répond aux questions d’une voix calme et éraillée. De celles qui nécessitent de tendre l’oreille pour saisir certains mots. Pour le faire sortir de route, une seule solution : évoquer le fait que, contrairement à la plupart des autres MCs du rap game américain, le chauffeur de bus est né avec une cuillère en argent dans la bouche. « Je ne comprends pas votre question et je trouve cela offensant dans une certaine mesure, envoie-t-il. Oui, j’ai grandi dans un milieu pleinement bourgeois où ma créativité a été amplement stimulée. Mais je ne sais pas où les autres rappeurs ont grandi. » Citant les Niggaz With Attitude de Dr Dre, Ice Cube et Eazy E (« Express yourself, come on and do it »), Busdriver compte appuyer son idée directrice, partagée par tous ceux avec qui il collabore régulièrement : « ce qu’on fait n’a rien à voir avec d’où l’on vient. »

 

Difficile pourtant de séparer l’homme et sa carrière de ses origines. Regan Farquhar, son vrai blase, est bien le rejeton de Ralph Farquhar, scénariste de Kush Grove, l’un des premiers films sur le hip-hop et son ascension, sorti en 1985 (soit 7 ans après la naissance de Regan). « Je pense que ça a été très important, avouait le MC lors de notre première rencontre en février 2010. Quand il travaillait sur le film, j'ai pu rencontrer quelques acteurs et rappeurs, comme LL Cool J, ce qui a eu un grand effet sur moi. » Sans cette ascendance, il n’est pas certain que Regan aurait commencé à rapper devant son miroir à 9 ans, qu’il aurait sorti son premier album (au sein du groupe 4/29) à 13 ans, ou qu’on l’aurait retrouvé à 15 ans dans les open mics du Good Life Cafe. « C'est là où j'ai tout appris, assure Busdriver. J'ai commencé à aller au Good Life en 1993 et j'ai arrêté en 94, lorsque le Project Blowed a commencé. Et le Project Blowed m'a encore appris beaucoup : rapper sur scène, rapper dehors, rapper dans des sessions freestyles (« cyphers »), les battles, pendant des heures et des heures. »

 

 

« Personne ne comprend ce que je dis »

 

En stakhanoviste du papier et du stylo, le jeune homme passe alors son temps à écrire, y compris lors de son passage à l’Université américaine de Paris à 21 ans, écourté pour cause de grossesse de sa copine de l’époque. En même temps que sa fille naît alors son premier album solo suivi de multiples autres galettes, de collaborations dans le monde entier et de tournées interminables. Peu importe le nombre de tours du monde, le point de chute reste le même : Los Angeles, où il est né et où il réside encore aujourd’hui. « J’y ai d’importantes attaches, ma famille, ma fille de 14 ans, justifie-t-il. Cette ville est ma base et elle est importante pour moi. Mais je ne peux pas dire que j’aime ma ville. Je n’aime pas ma ville, je suis juste là. » Si Busdriver n’est pas complètement croque-love de sa ville, c’est peut-être parce que son succès s’est essentiellement construit ailleurs. Et notamment en France, où celui qui a souvent bossé avec TTC n’oublie jamais de prévoir une dizaine de dates à chacune de ses tournées européennes.

 

« Je ne vois pas ce qui peut l'expliquer car, à mon sens, ma musique est à l'opposé de ce que je pense que les jeunes Français aiment écouter, s’étonne le conducteur de bus. Je crois que de toute façon personne ne comprend ce que je dis, que ce soit en France ou aux Etats-Unis ! On peut entendre quelques paroles parfois mais ça n'aide pas beaucoup. Je pense que les gens s'intéressent à ma façon de rapper et de faire des beats. » Une façon souvent décrite comme le mélange d’un flow mitraillette ultra technique et d’instrus ovni souvent déstructurées comme il faut. L’intéressé, lui, considère qu’il s’impose déjà trop de contraintes pour que l’on puisse parler de free rap comme on évoque le free jazz. « Je ne pense pas avoir tant de liberté que ça. C’est un terme romantique qui n’a pas le sens que les gens lui donnent souvent. Elle te donne le temps d’explorer mais nécessite aussi de la discipline. La liberté peut-être dangereuse à plusieurs niveaux et je ne suis pas sûr d’utiliser la mienne à bon escient au niveau créatif notamment. » Un homme qui critique la liberté dans un pays où celle-ci est élevée au rang de dogme absolu a forcément des choses à dire sur la politique.

 

 

Black Panthers et One Direction

 

Sauf que Busdriver est de ceux qui comparent les élections et leur campagne à un Superbowl, qu’il suit depuis son canapé, un saladier de popcorn sur les genoux. « Je ne pense pas que quiconque sera élu aux États-Unis sera capable de faire quoique ce soit qui apportera un changement réel à la vie des citoyens américains, désabuse-t-il. Je soutiens de loin des mouvements tels que Occupy mais je n’ai pas le goût de l’anarchie ni les ressources suffisantes pour occuper quoi que ce soit. » Il y a bien quelques morceaux, comme l’excellent single Me Time, dans lesquels il va dénoncer, pêle-mêle, Fox News, les lobbys US ou les financiers, mais dans l’absolu le rap conscient est bien loin d’être sa tasse de thé. « Je crois au contenu politique dans le rap mais je n'aime pas le rap conscient, je n'aime pas de quoi ils parlent, claque-t-il. Quand tu fais du rap conscient, tu dois adhérer à des idées basées sur le Mouvement des droits civiques, les Black Panthers, et ce genre de trucs. Or, pour moi, ces références ne s'appliquent plus du tout au contexte actuel. »

 

Atypique et souvent génial, Regan Farquhar a pour lui d’assumer totalement l’égoïsme de sa démarche artistique. « Ado, j’étais plutôt triste, calme et socialement inapte, se souvient-il. La musique était un moyen de communication avec moi-même, c’est une nécessité avec laquelle j’ai grandi, c’était un besoin. » Son dernier album a été écrit après le départ de sa fiancée et la fin de son contrat avec son label et Busdriver n’a de cesse d’évoquer son besoin de faire des sons « fun, énormes et névrosés ». Actuellement, il produit encore peu pour les autres et sent qu’il a besoin de travailler avant de se sentir prêt à prendre en charge la production d’autres artistes. Malgré les nombreux featurings de ses potes californiens (Open Mike Eagle et Nocando, par exemple, sur le superbe Werner Herzog ci-dessous), peut-être aussi que le monde n’est pas prêt pour sa musique. C’est en tout cas vrai en ce qui concerne sa fille. « Elle se moque souvent de mes productions, elle préfère écouter One Direction », se désole-t-il. On peut donc d’ores et déjà parler de la fin d’une dynastie.

 

 

Tous propos recueillis par MLK et TP

Joey Bada$$ : Aujourd'hui, c'était mon dernier jour d'école


Joey Bada$$ n'est pas majeur, n'a pas de wikipédia, n'a pas encore sorti de disque et n'a peut-être même pas encore mué. Il a tout le reste. Le flow, la pose, la gueule, et un talent qui sent bon le New York des années 90, quand A Tribe Called Quest se demandait s'il pouvait le kicker pendant que Notorious BIG freestylait devant un Grocery Store.

Comme les grands fauves se traquent dans leur habitat naturel, il fallait se rendre là-bas, à New York, pour rencontrer le futur du hip-hop américain. Au Cinematic Session plus précisément, un studio d'enregistrement légendaire logé dans un building de Times Square dont l'entrée dégueulasse tente de faire oublier qu'il cache l’un des temples du hip-hop. Au sixième étage, les portes de l'ascenseur s'ouvrent sur une épaisse fumée de weed à travers laquelle flotte Smoke DZA un gros blunt aux lèvres, histoire de confirmer qu'on est bien dans le studio où Tupac a enregistré son premier disque et a échappé à une tentative d’assassinat. Dans une salle, Ski Beatz et ses acolytes bossent sur la mixtape K.O.N.Y quand se pointe Joey Bada$$ pour sa première interview d'adulte. Aujourd'hui, c'était son dernier jour au lycée.

Visage poupon et sweat-shirt, Joey Bada$$ est un gamin de 17 ans qui n'échappe pas à son âge. Il parle d'herbe pendant que ses potes lui roulent le premier joint d'une longue série et commence chacune de ses réponses par « je ne sais pas ». Hier, Joey Bada$$ était chez Jimmy Fallon avec The Roots, aujourd'hui il est sur le Ground pour parler de Brooklyn, des États-Unis et de sa maman.

 

 

Par Nadia Moussa, à New York. Photos : Julie Sokolowski

 

L'année dernière, personne ne te connaissait et, aujourd'hui, tu sors de tournée, on parle de toi à peu près dans le monde entier et tu n'as que 17 ans. Sinon, tu vas toujours à l'école ?

Tu sais, c'est marrant, je viens juste de terminer le lycée aujourd'hui ! [High School, NDLR] J'ai 17 ans, c'était mon dernier jour d'école (rires). Ce truc, c'était cool sur le moment mais maintenant c'est fini et il est temps pour moi de me concentrer sur cette putain de musique.

 

Tu t'es fait un nom sans même sortir un album, uniquement grâce à la mixtape « 1999 ». Comment expliques-tu ce succès?

Je n'ai jamais eu de plan clair de ce que je voulais faire, il n'y avait pas de format imposé, c'était plutôt des idées au hasard qu'on a finalement assemblées et essayé de synchroniser. Aucun des sons n'était destiné à aller avec le suivant. Cette mixtape, c'est surtout le hasard de moments d'inspiration.

 

Tu dois beaucoup à Internet ?

Carrément. Plus que tout au monde. J'ai sorti ma mixtape gratuitement sur un site appelé « cyber » quelque chose. Et elle s'est répandue comme un feu sauvage et des personnes du monde entier sont ensuite venues me voir. Avant que cette mixtape ne sorte, j'étais juste moi, des tas de gens ne savaient même pas que je rappais ! Je suis quelqu'un d'extrêmement solitaire en vrai.

 

Il y a dans ta musique de multiples références à Brooklyn et à New York. Quelle importance accordes-tu à ta ville, à ton quartier ?

Je viens d'une famille nombreuse, très très nombreuse (rires). Je vis toujours dans le quartier avec ma mère, dans un coin qu'on appelle Flatbush plus exactement. C'est un quartier typique de Brooklyn, avec tous ses stéréotypes : la violence des gangs, le trafic de drogue, les coins de rues, les B-boys, tout ça. Un endroit où tous les gamins doivent faire face à la décision de rentrer ou non dans un gang en grandissant. J'ai passé toute ma vie là-bas mais j'ai plutôt grandi à Bed-Stuy, d'où viennent Notorious Big et Jay-Z. J'adore Brooklyn et j'adore New York. Je suis récemment parti en tournée, j'ai eu la chance de voir d'autres villes, mais je n'échangerai la mienne contre rien au monde.

 

 

Quand as-tu commencé à rapper ?

Aussi loin que je m'en souvienne, j'ai toujours rappé. Mais j'ai commencé à prendre le truc au sérieux quand j'étais en 9th grade [14-15 ans, NDLR.] si je me rappelle bien. Quand j'étais jeune, j'écoutais la musique que mes parents mettaient à la maison. Ma mère était une énorme fan de Prince et mon père est jamaïcain donc j'ai été fortement influencé par le reggae.

 

Et en hip-hop, qui t'a le plus influencé ?

Je ne me rappelle même plus qui j'ai pu écouter en premier mais le premier rappeur à m'avoir vraiment impressionné, où je me suis dit « Oh merde » et dont j'ai fait gaffe aux paroles, c'était MF Doom. Sinon j'écoute la Musique, peu importe d'où elle vient, du moment qu'elle vient du cœur. C'est de là que vient la mienne.

 

Samedi dernier (fin septembre, NDLR), tu étais sur scène à New York avec Kendrick Lamar. Il y a quelques mois tu avais justement twitté « Kendrick Lamar était mon rappeur favori en 2011, je suis mon rappeur préféré en 2012 ». Finalement, lequel a été le meilleur ?

Putain, il y a deux jours je me demandais pourquoi personne ne me posait aucune question sur ce tweet ! Le concert était fou, c'était putain de cool, il y avait des tonnes de gens. Kendrick Lamar est passionné, extrêmement influent. La musique, l'énergie qu'il dégage, je vis exactement pour la même chose. Après, je n'ai pas dit que j'étais le meilleur rappeur de 2012, j'ai dit que j'étais mon préféré. Uniquement parce que j'ai fait beaucoup de progrès ces deux dernières années.

 

Tu es récemment apparu sur de nombreux freestyles et tu disais ne jamais vraiment écrire tes textes. Quel est ton processus d'écriture ?

J'ai justement posé sur du papier des textes pour la première fois depuis six mois aujourd'hui, en classe. Je me suis dit « pourquoi ne pas essayer d'écrire de nouveau ? », mais en réalité je préfère ne rien écrire, ça prend moins de temps et c'est plus facile de se rappeler des paroles.

 

 

Tu as grandi sous l'administration Bush et tu as connu un président noir avant même d'avoir l'âge de voter. Tu aurais aimé pouvoir le faire il y a quatre ans ?

En fait, Obama a contrarié un de mes rêves d'enfant. Quand j'étais jeune, je disais toujours que je deviendrais le premier président black des États-Unis. Son élection a changé beaucoup de chose dans ma vie. On vit aujourd'hui dans une Amérique très différente de ce qu'elle était sous la présidence Bush.

 

Tu ne pourras pas non plus voter à l'élection du 6 novembre, mais cherches-tu à inciter tes proches et ceux qui t'écoutent à le faire ?

Complètement. D'ailleurs ma mère veut que je le fasse.

 

Qu'est-ce qui nourrit ta musique, ta manière de voir le monde ?

Je crois que ça doit être la Marie-Jeanne (rires). Non, j'en sais rien, franchement. Je ne lis pas beaucoup de bouquin, mais je peux m'en faire un et être inspiré pour trois mois. C'est comme ça que je marche, je vois des trucs et j'essaye de les creuser, de les provoquer. Si j'aime ça, je construis quelque chose avec.

 

Qu'est-ce qui est le plus important pour toi dans le hip-hop, le fond ou la forme?

Les deux jouent un rôle important. Trop de substance peut te rendre trop moralisateur et trop de style te rend stupide (rires). Mais si tu as le fond et la forme, comment peux tu être mauvais ?

 

Jay-Z, P. Diddy, 50 cent... De nombreux rappeurs deviennent aujourd'hui des sortes de chefs d’entreprise. Est-ce que tu crois qu'un artiste doit aussi être un businessman ?

Complètement, c'est quelque chose que je suis en train d'apprendre avec l'industrie du disque et à travers la fondation de mon propre label. Tu ne peux pas y arriver sans être aussi un bon businessman.

 

 

Tu t'apprêtes à partir pour ta première tournée européenne. C'est un pas important pour toi ?

J'ai déjà fait une tournée où j'ai découvert des tas de trucs que je ne connaissais pas mais c'était plutôt cool. Je suis carrément prêt à repartir, j'ai kiffé le voyage. Et je ne suis jamais allé ni en France ni à Londres, donc je suis vraiment excité. Le public européen a l'air plus à fond qu'ici, surtout à New York où on a un public de pimbêches. Quand un nouveau mec joue devant un petit public, tout le monde s'en fout carrément et reste les bras-croisés. En Europe, le public est plus dedans et ne s'intéresse pas à toi pour ton nom mais pour ce que tu dis. Je respecte énormément les fans européens pour ça. Putain, j'ai l'impression de faire un discours.

 

Tu passes à Paris le 15 novembre. Qu'est-ce que tu attends de la ville?

J'attends avec impatience les femelles, la bouffe, et les à-côtés de la scène.

 

Tous propos recueillis par Nadia Moussa

Joey Bada$$ : I just finished High school today


Joey Bada$$ n'est pas majeur, n'a pas de wikipédia, n'a pas encore sorti de disque et n'a peut-être même pas encore mué. Il a tout le reste. Le flow, la pose, la gueule, et un talent qui sent bon le New York des années 90, quand A Tribe Called Quest se demandait s'il pouvait le kicker pendant que Notorious BIG freestylait devant un Grocery Store.

Comme les grands fauves se traquent dans leur habitat naturel, il fallait se rendre là-bas, à New York, pour rencontrer le futur du hip-hop américain. Au Cinematic Session plus précisément, un studio d'enregistrement légendaire logé dans un building de Times Square dont l'entrée dégueulasse tente de faire oublier qu'il cache l’un des temples du hip-hop. Au sixième étage, les portes de l'ascenseur s'ouvrent sur une épaisse fumée de weed à travers laquelle flotte Smoke DZA un gros blunt aux lèvres, histoire de confirmer qu'on est bien dans le studio où Tupac a enregistré son premier disque et a échappé à une tentative d’assassinat. Dans une salle, Ski Beatz et ses acolytes bossent sur la mixtape K.O.N.Y quand se pointe Joey Bada$$ pour sa première interview d'adulte. Aujourd'hui, c'était son dernier jour au lycée.

Visage poupon et sweat-shirt, Joey Bada$$ est un gamin de 17 ans qui n'échappe pas à son âge. Il parle d'herbe pendant que ses potes lui roulent le premier joint d'une longue série et commence chacune de ses réponses par « je ne sais pas ». Hier, Joey Bada$$ était chez Jimmy Fallon avec The Roots, aujourd'hui il est sur le Ground pour parler de Brooklyn, des États-Unis et de sa maman.

 

 

Par Nadia Moussa, à New York. Photos : Julie Sokolowski

 

L'année dernière, personne ne te connaissait et, aujourd'hui, tu sors de tournée, on parle de toi à peu près dans le monde entier et tu n'as que 17 ans. Sinon, tu vas toujours à l'école ?

Tu sais, c'est marrant, je viens juste de terminer le lycée aujourd'hui ! [High School, NDLR] J'ai 17 ans, c'était mon dernier jour d'école (rires). Ce truc, c'était cool sur le moment mais maintenant c'est fini et il est temps pour moi de me concentrer sur cette putain de musique.

 

Tu t'es fait un nom sans même sortir un album, uniquement grâce à la mixtape « 1999 ». Comment expliques-tu ce succès?

Je n'ai jamais eu de plan clair de ce que je voulais faire, il n'y avait pas de format imposé, c'était plutôt des idées au hasard qu'on a finalement assemblées et essayé de synchroniser. Aucun des sons n'était destiné à aller avec le suivant. Cette mixtape, c'est surtout le hasard de moments d'inspiration.

 

Tu dois beaucoup à Internet ?

Carrément. Plus que tout au monde. J'ai sorti ma mixtape gratuitement sur un site appelé « cyber » quelque chose. Et elle s'est répandue comme un feu sauvage et des personnes du monde entier sont ensuite venues me voir. Avant que cette mixtape ne sorte, j'étais juste moi, des tas de gens ne savaient même pas que je rappais ! Je suis quelqu'un d'extrêmement solitaire en vrai.

 

Il y a dans ta musique de multiples références à Brooklyn et à New York. Quelle importance accordes-tu à ta ville, à ton quartier ?

Je viens d'une famille nombreuse, très très nombreuse (rires). Je vis toujours dans le quartier avec ma mère, dans un coin qu'on appelle Flatbush plus exactement. C'est un quartier typique de Brooklyn, avec tous ses stéréotypes : la violence des gangs, le trafic de drogue, les coins de rues, les B-boys, tout ça. Un endroit où tous les gamins doivent faire face à la décision de rentrer ou non dans un gang en grandissant. J'ai passé toute ma vie là-bas mais j'ai plutôt grandi à Bed-Stuy, d'où viennent Notorious Big et Jay-Z. J'adore Brooklyn et j'adore New York. Je suis récemment parti en tournée, j'ai eu la chance de voir d'autres villes, mais je n'échangerai la mienne contre rien au monde.

 

 

Quand as-tu commencé à rapper ?

Aussi loin que je m'en souvienne, j'ai toujours rappé. Mais j'ai commencé à prendre le truc au sérieux quand j'étais en 9th grade [14-15 ans, NDLR.] si je me rappelle bien. Quand j'étais jeune, j'écoutais la musique que mes parents mettaient à la maison. Ma mère était une énorme fan de Prince et mon père est jamaïcain donc j'ai été fortement influencé par le reggae.

 

Et en hip-hop, qui t'a le plus influencé ?

Je ne me rappelle même plus qui j'ai pu écouter en premier mais le premier rappeur à m'avoir vraiment impressionné, où je me suis dit « Oh merde » et dont j'ai fait gaffe aux paroles, c'était MF Doom. Sinon j'écoute la Musique, peu importe d'où elle vient, du moment qu'elle vient du cœur. C'est de là que vient la mienne.

 

Samedi dernier (fin septembre, NDLR), tu étais sur scène à New York avec Kendrick Lamar. Il y a quelques mois tu avais justement twitté « Kendrick Lamar était mon rappeur favori en 2011, je suis mon rappeur préféré en 2012 ». Finalement, lequel a été le meilleur ?

Putain, il y a deux jours je me demandais pourquoi personne ne me posait aucune question sur ce tweet ! Le concert était fou, c'était putain de cool, il y avait des tonnes de gens. Kendrick Lamar est passionné, extrêmement influent. La musique, l'énergie qu'il dégage, je vis exactement pour la même chose. Après, je n'ai pas dit que j'étais le meilleur rappeur de 2012, j'ai dit que j'étais mon préféré. Uniquement parce que j'ai fait beaucoup de progrès ces deux dernières années.

 

Tu es récemment apparu sur de nombreux freestyles et tu disais ne jamais vraiment écrire tes textes. Quel est ton processus d'écriture ?

J'ai justement posé sur du papier des textes pour la première fois depuis six mois aujourd'hui, en classe. Je me suis dit « pourquoi ne pas essayer d'écrire de nouveau ? », mais en réalité je préfère ne rien écrire, ça prend moins de temps et c'est plus facile de se rappeler des paroles.

 

 

Tu as grandi sous l'administration Bush et tu as connu un président noir avant même d'avoir l'âge de voter. Tu aurais aimé pouvoir le faire il y a quatre ans ?

En fait, Obama a contrarié un de mes rêves d'enfant. Quand j'étais jeune, je disais toujours que je deviendrais le premier président black des États-Unis. Son élection a changé beaucoup de chose dans ma vie. On vit aujourd'hui dans une Amérique très différente de ce qu'elle était sous la présidence Bush.

 

Tu ne pourras pas non plus voter à l'élection du 6 novembre, mais cherches-tu à inciter tes proches et ceux qui t'écoutent à le faire ?

Complètement. D'ailleurs ma mère veut que je le fasse.

 

Qu'est-ce qui nourrit ta musique, ta manière de voir le monde ?

Je crois que ça doit être la Marie-Jeanne (rires). Non, j'en sais rien, franchement. Je ne lis pas beaucoup de bouquin, mais je peux m'en faire un et être inspiré pour trois mois. C'est comme ça que je marche, je vois des trucs et j'essaye de les creuser, de les provoquer. Si j'aime ça, je construis quelque chose avec.

 

Qu'est-ce qui est le plus important pour toi dans le hip-hop, le fond ou la forme?

Les deux jouent un rôle important. Trop de substance peut te rendre trop moralisateur et trop de style te rend stupide (rires). Mais si tu as le fond et la forme, comment peux tu être mauvais ?

 

Jay-Z, P. Diddy, 50 cent... De nombreux rappeurs deviennent aujourd'hui des sortes de chefs d’entreprise. Est-ce que tu crois qu'un artiste doit aussi être un businessman ?

Complètement, c'est quelque chose que je suis en train d'apprendre avec l'industrie du disque et à travers la fondation de mon propre label. Tu ne peux pas y arriver sans être aussi un bon businessman.

 

 

Tu t'apprêtes à partir pour ta première tournée européenne. C'est un pas important pour toi ?

J'ai déjà fait une tournée où j'ai découvert des tas de trucs que je ne connaissais pas mais c'était plutôt cool. Je suis carrément prêt à repartir, j'ai kiffé le voyage. Et je ne suis jamais allé ni en France ni à Londres, donc je suis vraiment excité. Le public européen a l'air plus à fond qu'ici, surtout à New York où on a un public de pimbêches. Quand un nouveau mec joue devant un petit public, tout le monde s'en fout carrément et reste les bras-croisés. En Europe, le public est plus dedans et ne s'intéresse pas à toi pour ton nom mais pour ce que tu dis. Je respecte énormément les fans européens pour ça. Putain, j'ai l'impression de faire un discours.

 

Tu passes à Paris le 15 novembre. Qu'est-ce que tu attends de la ville?

J'attends avec impatience les femelles, la bouffe, et les à-côtés de la scène.

 

Tous propos recueillis par Nadia Moussa

Polatik : Le Tea Party m’a appris l’Histoire des Etats-Unis


 

Vous pensiez que le Ground n’arriverait pas à vous trouver un rappeur du Tea Party ? Think again ! « Dieu, Famille, Liberté », voilà le slogan que balance le site internet de Polatik, archétype du born again complet. Ancien taulard, ancien athée, ancien démocrate, devenu un « exemple pour sa communauté », chrétien jusqu’au bout des ongles et militant dans ce mouvement né de la crise qu’est le Tea Party, sorte d’équivalent (très) à droite de ce que représente Occupy pour l’autre camp. « Ils nous disent extrêmes (…). Je ne crois pas qu’ils comprennent bien qui nous sommes vraiment », déclame David Saucedo, de son vrai nom, au début de son tube « That’s a Tea Party ». Essayons donc de comprendre ce « businessman » de 28 ans qui rappe la chemise rentrée dans le pantalon.

 

 

C’était comment de grandir à Waco, Texas ?

Je pense qu’on grandit aux Etats-Unis comme on grandit partout dans le monde, sinon mieux. Mais bon, tu vois : famille pauvres, les programmes gouvernementaux, pas beaucoup d’argent, pas beaucoup de quoi que ce soit, de toute façon. C’était le pire quartier de Waco. Et puis j’ai commencé à avoir des problèmes, à faire des cambriolages. J’étais en prison entre 2004 et 2007.

 

Comment as tu vécu ce passage en prison ?

A l’époque je n'avais absolument aucun engagement dans la politique ou quoi que ce soit, mais quand je suis arrivé en prison, j’ai été exposé à différentes idéologies. L’idéologie musulmane, l’idéologie anti-gouvernement, l’anarchisme… Je n’ai pas vraiment pris ça au sérieux mais ça m’a quand même ouvert les yeux et j’ai voulu faire quelque chose de ma vie après la prison. C’est pourquoi j’ai commencé à lire des livres, à m’instruire, à m'intéresser à l’actualité, à la politique. Je voulais faire partie de tout ça.

 

Donc la prison a été une bonne chose pour toi ?

Je dois bien dire que oui. Pour moi, c’était une bonne chose. Ce n’est pourtant pas le cas pour tout le monde parce que c’est tellement plus simple de devenir un meilleur criminel en prison qu’un meilleur citoyen. Mais moi, j’étais béni. J’ai utilisé ce moment pour apprendre les choses qui étaient bonnes pour moi.

 

Tu étais chrétien avant la prison ? Tu croyais en Dieu ?

Non, je pense… En fait je ne croyais pas vraiment en quelque chose. Je n’étais même pas athée, je ne croyais juste en rien. Mais quand j’ai rencontré ma femme après la prison, j’ai commencé à aller à l’église et à en apprendre davantage sur la Bible. J’ai commencé à utiliser ça pour rendre ma vie meilleure.

 

Et tu vois encore les gens avec qui tu traînais avant la prison ?

Oui, je vois encore beaucoup de gens avec qui j’étais associé auparavant. Mais je pose des limites. Je ne veux pas que quiconque amène des choses dans ma maison, près de ma famille. Mais je leur parle encore, je ne me tiens pas à l’écart des gens. Je leur parle de ce que je fais maintenant pour changer les choses. Je n’habite plus dans le quartier où je suis né mais je vis encore dans l’un des quartiers les plus pauvres de la ville.

 

 

La seule raison pour laquelle on connaît Waco en France, c’est à cause du massacre de 1993 (du 28 février au 19 avril, la police fait le siège d’un bâtiment où sont retranchés les Davidiens et leur gourou, David Koresh, puis l’assaut est donné, au cours duquel 82 personnes dont 21 enfants meurent dans des circonstances encore très troubles, ndlr). Quel souvenir en as-tu ?

J’étais encore très jeune donc je ne me rappelle pas de grand-chose. Je ne suis pas un expert de la question mais j’ai le sentiment qu’ils auraient pu faire les choses différemment plutôt que d’attaquer ces gens. Je ne suis absolument pas d’accord avec la façon dont le gouvernement a agi. Je pense que c’est ce qui arrive quand le gouvernement a tout le pouvoir dans un pays.

 

 

Et le gouvernement a trop de pouvoir aux Etats-Unis ?

Absolument. Je suis en total désaccord avec la façon dont l’influence du gouvernement a grandie dans ce pays. Du FBI au département de la sécurité intérieure en passant par Wall Street, les banques, etc. C’est une bonne question de se demander quand tout a commencé à aller mal. Je pense que ça a commencé avec le président… C’était quoi son nom déjà ? C’était dans les années 19… 1920. Quand ils ont créé la réserve fédérale [créée par Woodrow Wilson en 1913, ndlr], et tout ça.

 

Pourquoi avoir choisi de rapper pour défendre des idées conservatrices ? C’est assez rare.

Quand j’étais jeune, même avant d’aller en prison, j’allais dans des fêtes, et j’ai toujours aimé rapper. Je ne connaissais rien à la politique à ce moment-là, je ne connaissais rien à l’Histoire de l’Amérique. Mais quand j’ai découvert le Tea Party, que j’ai appris l’Histoire de ce pays, et la façon dont le gouvernement agit, tout naturellement j’ai mis ça dans mes paroles et j’ai commencé à rapper à propos de ça.

 

Et on ne t’a pas pris pour un fou ?

Non, on m’a tout de suite encouragé à continuer. Tu sais, les autres rappeurs parlent aux jeunes de drogue, de prostituées, d’argent sale. Moi je suis là pour leur dire que ce ne sont pas des choses que l’on doit faire, que si on fait ça on peut finir en prison, ou même mourir. Ma musique parle beaucoup aux jeunes, qui du coup nous rejoignent parfois.

 

Tu as toujours été conservateur ?

Non, en fait j’étais plutôt démocrate à l’origine. J’ai découvert le Tea Party en 2009 lors d’une mobilisation contre le plan de relance fédéral de Barack Obama (le combat fondateur du mouvement, dont les initiales TEA sont parfois traduites par Tax Enough Already, ndlr). Quelqu’un m’a amené là-bas et m’a fait adhérer, mais je n’avais en fait aucune éducation sur toutes ces questions, donc je ne peux pas dire que j’ai changé d’opinion à ce moment-là. J’ai plutôt trouvé mon opinion.

 

 

Vous soutenez Mitt Romney. Pourquoi le Tea Party n’a-t-il pas présenté de candidat ?

Je pense que c’était compliqué. Le Tea Party n’a que trois ans et ça ne servait à rien de présenter un candidat de façon indépendante, du coup il fallait passer par les primaires républicaines [où plusieurs candidats étaient proches du mouvement, ndlr]. Personnellement, j’aurais préféré que le candidat soit Ron Paul, mais je supporte pleinement Mitt Romney. Je participe à la campagne avec le Tea Party Express [un groupe qui se présente comme « le plus agressif et influent » parmi les différentes factions du Tea Party, ndlr], qui organise notamment des tournées en bus, lors desquelles je me produis.

 

Que ferez-vous si Barack Obama est réélu ?

Si Barack Obama est élu, et bien je continuerai à faire ce que je fais maintenant. J’éduque les gens de ma communauté, je travaille avec des personnes pour lancer des affaires, j’apprends aux enfants l’Histoire de mon pays. Il se pourrait que j’ai davantage de travail si Barack Obama est réélu, mais je pense que j’aurai encore plus de soutien. Qu’il soit réélu ou non, je continuerai à faire de la bonne musique, à dire la vérité et à faire des choses honorables. Je pense juste à changer ma ville, puis je penserai à changer mon État, puis la nation entière. Je ne pense pas que le président des États-Unis, peu importe qui il est, peut changer les choses en profondeur. Ça doit venir de la base.

 

Propos recueillis par Thomas Pitrel

Polatik & Tea Party


 

Vous pensiez que le Ground n’arriverait pas à vous trouver un rappeur du Tea Party ? Think again ! « Dieu, Famille, Liberté », voilà le slogan que balance le site internet de Polatik, archétype du born again complet. Ancien taulard, ancien athée, ancien démocrate, devenu un « exemple pour sa communauté », chrétien jusqu’au bout des ongles et militant dans ce mouvement né de la crise qu’est le Tea Party, sorte d’équivalent (très) à droite de ce que représente Occupy pour l’autre camp. « Ils nous disent extrêmes (…). Je ne crois pas qu’ils comprennent bien qui nous sommes vraiment », déclame David Saucedo, de son vrai nom, au début de son tube « That’s a Tea Party ». Essayons donc de comprendre ce « businessman » de 28 ans qui rappe la chemise rentrée dans le pantalon.

 

 

C’était comment de grandir à Waco, Texas ?

Je pense qu’on grandit aux Etats-Unis comme on grandit partout dans le monde, sinon mieux. Mais bon, tu vois : famille pauvres, les programmes gouvernementaux, pas beaucoup d’argent, pas beaucoup de quoi que ce soit, de toute façon. C’était le pire quartier de Waco. Et puis j’ai commencé à avoir des problèmes, à faire des cambriolages. J’étais en prison entre 2004 et 2007.

 

Comment as tu vécu ce passage en prison ?

A l’époque je n'avais absolument aucun engagement dans la politique ou quoi que ce soit, mais quand je suis arrivé en prison, j’ai été exposé à différentes idéologies. L’idéologie musulmane, l’idéologie anti-gouvernement, l’anarchisme… Je n’ai pas vraiment pris ça au sérieux mais ça m’a quand même ouvert les yeux et j’ai voulu faire quelque chose de ma vie après la prison. C’est pourquoi j’ai commencé à lire des livres, à m’instruire, à m'intéresser à l’actualité, à la politique. Je voulais faire partie de tout ça.

 

Donc la prison a été une bonne chose pour toi ?

Je dois bien dire que oui. Pour moi, c’était une bonne chose. Ce n’est pourtant pas le cas pour tout le monde parce que c’est tellement plus simple de devenir un meilleur criminel en prison qu’un meilleur citoyen. Mais moi, j’étais béni. J’ai utilisé ce moment pour apprendre les choses qui étaient bonnes pour moi.

 

Tu étais chrétien avant la prison ? Tu croyais en Dieu ?

Non, je pense… En fait je ne croyais pas vraiment en quelque chose. Je n’étais même pas athée, je ne croyais juste en rien. Mais quand j’ai rencontré ma femme après la prison, j’ai commencé à aller à l’église et à en apprendre davantage sur la Bible. J’ai commencé à utiliser ça pour rendre ma vie meilleure.

 

Et tu vois encore les gens avec qui tu traînais avant la prison ?

Oui, je vois encore beaucoup de gens avec qui j’étais associé auparavant. Mais je pose des limites. Je ne veux pas que quiconque amène des choses dans ma maison, près de ma famille. Mais je leur parle encore, je ne me tiens pas à l’écart des gens. Je leur parle de ce que je fais maintenant pour changer les choses. Je n’habite plus dans le quartier où je suis né mais je vis encore dans l’un des quartiers les plus pauvres de la ville.

 

 

La seule raison pour laquelle on connaît Waco en France, c’est à cause du massacre de 1993 (du 28 février au 19 avril, la police fait le siège d’un bâtiment où sont retranchés les Davidiens et leur gourou, David Koresh, puis l’assaut est donné, au cours duquel 82 personnes dont 21 enfants meurent dans des circonstances encore très troubles, ndlr). Quel souvenir en as-tu ?

J’étais encore très jeune donc je ne me rappelle pas de grand-chose. Je ne suis pas un expert de la question mais j’ai le sentiment qu’ils auraient pu faire les choses différemment plutôt que d’attaquer ces gens. Je ne suis absolument pas d’accord avec la façon dont le gouvernement a agi. Je pense que c’est ce qui arrive quand le gouvernement a tout le pouvoir dans un pays.

 

 

Et le gouvernement a trop de pouvoir aux Etats-Unis ?

Absolument. Je suis en total désaccord avec la façon dont l’influence du gouvernement a grandie dans ce pays. Du FBI au département de la sécurité intérieure en passant par Wall Street, les banques, etc. C’est une bonne question de se demander quand tout a commencé à aller mal. Je pense que ça a commencé avec le président… C’était quoi son nom déjà ? C’était dans les années 19… 1920. Quand ils ont créé la réserve fédérale [créée par Woodrow Wilson en 1913, ndlr], et tout ça.

 

Pourquoi avoir choisi de rapper pour défendre des idées conservatrices ? C’est assez rare.

Quand j’étais jeune, même avant d’aller en prison, j’allais dans des fêtes, et j’ai toujours aimé rapper. Je ne connaissais rien à la politique à ce moment-là, je ne connaissais rien à l’Histoire de l’Amérique. Mais quand j’ai découvert le Tea Party, que j’ai appris l’Histoire de ce pays, et la façon dont le gouvernement agit, tout naturellement j’ai mis ça dans mes paroles et j’ai commencé à rapper à propos de ça.

 

Et on ne t’a pas pris pour un fou ?

Non, on m’a tout de suite encouragé à continuer. Tu sais, les autres rappeurs parlent aux jeunes de drogue, de prostituées, d’argent sale. Moi je suis là pour leur dire que ce ne sont pas des choses que l’on doit faire, que si on fait ça on peut finir en prison, ou même mourir. Ma musique parle beaucoup aux jeunes, qui du coup nous rejoignent parfois.

 

Tu as toujours été conservateur ?

Non, en fait j’étais plutôt démocrate à l’origine. J’ai découvert le Tea Party en 2009 lors d’une mobilisation contre le plan de relance fédéral de Barack Obama (le combat fondateur du mouvement, dont les initiales TEA sont parfois traduites par Tax Enough Already, ndlr). Quelqu’un m’a amené là-bas et m’a fait adhérer, mais je n’avais en fait aucune éducation sur toutes ces questions, donc je ne peux pas dire que j’ai changé d’opinion à ce moment-là. J’ai plutôt trouvé mon opinion.

 

 

Vous soutenez Mitt Romney. Pourquoi le Tea Party n’a-t-il pas présenté de candidat ?

Je pense que c’était compliqué. Le Tea Party n’a que trois ans et ça ne servait à rien de présenter un candidat de façon indépendante, du coup il fallait passer par les primaires républicaines [où plusieurs candidats étaient proches du mouvement, ndlr]. Personnellement, j’aurais préféré que le candidat soit Ron Paul, mais je supporte pleinement Mitt Romney. Je participe à la campagne avec le Tea Party Express [un groupe qui se présente comme « le plus agressif et influent » parmi les différentes factions du Tea Party, ndlr], qui organise notamment des tournées en bus, lors desquelles je me produis.

 

Que ferez-vous si Barack Obama est réélu ?

Si Barack Obama est élu, et bien je continuerai à faire ce que je fais maintenant. J’éduque les gens de ma communauté, je travaille avec des personnes pour lancer des affaires, j’apprends aux enfants l’Histoire de mon pays. Il se pourrait que j’ai davantage de travail si Barack Obama est réélu, mais je pense que j’aurai encore plus de soutien. Qu’il soit réélu ou non, je continuerai à faire de la bonne musique, à dire la vérité et à faire des choses honorables. Je pense juste à changer ma ville, puis je penserai à changer mon État, puis la nation entière. Je ne pense pas que le président des États-Unis, peu importe qui il est, peut changer les choses en profondeur. Ça doit venir de la base.

 

Propos recueillis par Thomas Pitrel

Kendrick Lamar : Obama a bon coeur


 

Comme une bonne poignée de ses compatriotes américains, y compris Barack Obama himself, Kendrick Lamar a très certainement utilisé une procédure de vote anticipé. Pourquoi ? Parce que ce mardi 6 novembre, à l’heure où les Etats-Unis faisaient chauffer leurs bureaux de vote, le rappeur californien était avec nous dans les salons de l’hôtel Renaissance Arc de Triomphe, à Paris. Rencontre avec le « New King of the West Coast » couronné par Snoop Dogg-Lion, Dr Dre, Game et Kurupt, un mec de 25 ans qui vient de sortir un premier album à la hauteur des énormes attentes qu’il suscitait. Rare.

 

Par Nadia Moussa, à Paris

 

 

Dans un monde parfait, nous aurions rencontré Kendrick Lamar en tête à tête pendant trois heures dans des conditions idéales. Des canapés, des coussins, de la bière fraîche, et donc forcément des éclats de rire, un thème dont on se serait éloigné le plus souvent possible et au final une discussion des plus enrichissantes. Au lieu de ça, le mec de Compton a déboulé avec une heure de retard après 13 heures de vol depuis LAX, complètement rincé, pour se poser devant une demi-douzaine de journalistes pendant quinze minutes, soit deux fois moins longtemps que prévu. Voilà une interview équilibriste, en attendant de rencontrer l’animal hors-promo.

 

Tu viens de sortir un nouvel album qui a reçu énormément de critiques positives. Tu étais préparé à ça ?

Ouais, j'étais prêt. Je savais que les gens seraient réceptifs à cette masse de travail. C'est un album conceptuel, qui revient à l'essence de la musique. Quelque chose de frais et de nouveau pour des gamins qui n'ont jamais acheté un album comme j'ai pu le faire dans les années 90. Aujourd'hui, ils écoutent les chansons une par une.

 

Tu as travaillé pendant un an sur ce disque. Comment l'as-tu construit ?

J'étais vraiment excité de savoir comment sortirait l'album. J'ai voulu raconter une histoire. Je n'aurais pas pu faire cela un ou deux ans auparavant, mais j'ai senti que j'étais maintenant prêt à passer un cap, autant dans ma carrière que dans ma vie. Ensuite, Dr Dre m'a apporté son éthique de travail, sa passion, son envie de passer du temps sur le disque pour sortir quelque chose qui peut rester pendant plusieurs années. Lui ou Snoop ont toujours cet amour pour ce qu'ils font. Les voir travailler me donne envie de bosser encore dix fois plus dur.


Tu as le sentiment de replacer la côte ouest sur la carte du hip-hop ?

Tu sais, on a toujours été là. Il y a des tas de Kendrick Lamar que l'industrie n'a pas repérés. Mon boulot a consisté à ramener les caméras sur nous. Si c'est à moi de le faire, pas de problème, j'ai suffisamment confiance en moi pour ça.

 

Tu dis que tu n'es pas la prochaine pop star ni le prochain rappeur conscient. Qui veux-tu être alors ?

Simplement un être humain qui fait de la musique, qui place la vie et ses situations sur des instrus. Rien de fou, rien d'au-dessus du lot. Les gens veulent tellement tout classifier qu'ils oublient de faire de la musique à laquelle chacun peut se sentir connecté.
 

 

Est-ce que tu considères que tu as un rôle de modèle à jouer ?

J'espère l'être. Je voudrais que tout le monde soit aussi positif que moi, c'est ce qui m'inspire, ce qui m'aide à être constructif.
 

Dans le titre « Jig is up », tu parles de Compton, où tu es né, et de son absence de quasiment tout. Qu'est-ce qui manque le plus au quartier ?

On n'avait pas d'inspiration pour rester debout, on était entouré par la culture des gangs, des crackheads, des junkies, des cités HLM, de Watts [quartier de Los Angeles où éclatèrent les premières émeutes urbaines en 1965, ndlr]. On n’avait aucun autre modèle capable de nous montrer quelque chose de différent. C'est la musique qui m'a permis d'y échapper.

Est-ce que tu te sens en compétition avec tes potes Schoolboy Q ou Ab Soul ?

Ouais, carrément. Je suis en compétition avec eux, avec Jay-Z, avec Nas, avec Kanye. Je suis en première division maintenant. Je ne peux pas les considérer comme des grands frères pour le reste de ma vie. Je dois m'élever à leur hauteur et poursuivre l'héritage de la grande musique.

 

Ce mardi, les États-Unis élisent un nouveau président. Comment sens-tu cette élection ?
Je la sens bien, je pense qu'Obama sera de retour. Il a trop bossé pour nous amener là où on est aujourd'hui, je ne crois pas que les gens vont l'abandonner maintenant. Le contraire serait triste et injuste. Mais je pense que tout va bien se passer, Obama a bon cœur. Après, si on veut un véritable changement, on devrait tous se regarder dans le miroir et commencer par nous-mêmes. On ne peut pas simplement dépendre des politiques.

 


Il y a eu une polémique sur le fait que tu ne votais pas. Tu l'as fait cette fois ?

Ouais.

Après avoir tourné dans le monde entier, comment vois-tu ton pays aujourd'hui ?

Quand tu as passé autant de temps à Compton, tu finis par croire qu'il n'y a que ça qui existe dans le monde. Maintenant, je commence à voir les choses différemment, à chérir davantage la liberté. Tu apprends énormément en rencontrant des gens différents, cela te rend plus sensible.


Dans ton nouvel album, il y a une dualité permanente entre le bien et le mal. Elle fait aussi partie de toi ?

Ouais, c'est ma personnalité. Je suis cool mais je peux aussi être nerveux. Parfois j'ai de la compassion, parfois non. C'est ma manière d'être et la manière dont j'ai grandi dans la ville. Et c'est ce que j'ai vraiment voulu transmettre dans cet album.

 

Kendrick Lamar : Obama has good heart


 

Comme une bonne poignée de ses compatriotes américains, y compris Barack Obama himself, Kendrick Lamar a très certainement utilisé une procédure de vote anticipé. Pourquoi ? Parce que ce mardi 6 novembre, à l’heure où les Etats-Unis faisaient chauffer leurs bureaux de vote, le rappeur californien était avec nous dans les salons de l’hôtel Renaissance Arc de Triomphe, à Paris. Rencontre avec le « New King of the West Coast » couronné par Snoop Dogg-Lion, Dr Dre, Game et Kurupt, un mec de 25 ans qui vient de sortir un premier album à la hauteur des énormes attentes qu’il suscitait. Rare.

 

Par Nadia Moussa, à Paris

 

 

Dans un monde parfait, nous aurions rencontré Kendrick Lamar en tête à tête pendant trois heures dans des conditions idéales. Des canapés, des coussins, de la bière fraîche, et donc forcément des éclats de rire, un thème dont on se serait éloigné le plus souvent possible et au final une discussion des plus enrichissantes. Au lieu de ça, le mec de Compton a déboulé avec une heure de retard après 13 heures de vol depuis LAX, complètement rincé, pour se poser devant une demi-douzaine de journalistes pendant quinze minutes, soit deux fois moins longtemps que prévu. Voilà une interview équilibriste, en attendant de rencontrer l’animal hors-promo.

 

Tu viens de sortir un nouvel album qui a reçu énormément de critiques positives. Tu étais préparé à ça ?

Ouais, j'étais prêt. Je savais que les gens seraient réceptifs à cette masse de travail. C'est un album conceptuel, qui revient à l'essence de la musique. Quelque chose de frais et de nouveau pour des gamins qui n'ont jamais acheté un album comme j'ai pu le faire dans les années 90. Aujourd'hui, ils écoutent les chansons une par une.

 

Tu as travaillé pendant un an sur ce disque. Comment l'as-tu construit ?

J'étais vraiment excité de savoir comment sortirait l'album. J'ai voulu raconter une histoire. Je n'aurais pas pu faire cela un ou deux ans auparavant, mais j'ai senti que j'étais maintenant prêt à passer un cap, autant dans ma carrière que dans ma vie. Ensuite, Dr Dre m'a apporté son éthique de travail, sa passion, son envie de passer du temps sur le disque pour sortir quelque chose qui peut rester pendant plusieurs années. Lui ou Snoop ont toujours cet amour pour ce qu'ils font. Les voir travailler me donne envie de bosser encore dix fois plus dur.


Tu as le sentiment de replacer la côte ouest sur la carte du hip-hop ?

Tu sais, on a toujours été là. Il y a des tas de Kendrick Lamar que l'industrie n'a pas repérés. Mon boulot a consisté à ramener les caméras sur nous. Si c'est à moi de le faire, pas de problème, j'ai suffisamment confiance en moi pour ça.

 

Tu dis que tu n'es pas la prochaine pop star ni le prochain rappeur conscient. Qui veux-tu être alors ?

Simplement un être humain qui fait de la musique, qui place la vie et ses situations sur des instrus. Rien de fou, rien d'au-dessus du lot. Les gens veulent tellement tout classifier qu'ils oublient de faire de la musique à laquelle chacun peut se sentir connecté.
 

 

Est-ce que tu considères que tu as un rôle de modèle à jouer ?

J'espère l'être. Je voudrais que tout le monde soit aussi positif que moi, c'est ce qui m'inspire, ce qui m'aide à être constructif.
 

Dans le titre « Jig is up », tu parles de Compton, où tu es né, et de son absence de quasiment tout. Qu'est-ce qui manque le plus au quartier ?

On n'avait pas d'inspiration pour rester debout, on était entouré par la culture des gangs, des crackheads, des junkies, des cités HLM, de Watts [quartier de Los Angeles où éclatèrent les premières émeutes urbaines en 1965, ndlr]. On n’avait aucun autre modèle capable de nous montrer quelque chose de différent. C'est la musique qui m'a permis d'y échapper.

Est-ce que tu te sens en compétition avec tes potes Schoolboy Q ou Ab Soul ?

Ouais, carrément. Je suis en compétition avec eux, avec Jay-Z, avec Nas, avec Kanye. Je suis en première division maintenant. Je ne peux pas les considérer comme des grands frères pour le reste de ma vie. Je dois m'élever à leur hauteur et poursuivre l'héritage de la grande musique.

 

Ce mardi, les États-Unis élisent un nouveau président. Comment sens-tu cette élection ?
Je la sens bien, je pense qu'Obama sera de retour. Il a trop bossé pour nous amener là où on est aujourd'hui, je ne crois pas que les gens vont l'abandonner maintenant. Le contraire serait triste et injuste. Mais je pense que tout va bien se passer, Obama a bon cœur. Après, si on veut un véritable changement, on devrait tous se regarder dans le miroir et commencer par nous-mêmes. On ne peut pas simplement dépendre des politiques.

 


Il y a eu une polémique sur le fait que tu ne votais pas. Tu l'as fait cette fois ?

Ouais.

Après avoir tourné dans le monde entier, comment vois-tu ton pays aujourd'hui ?

Quand tu as passé autant de temps à Compton, tu finis par croire qu'il n'y a que ça qui existe dans le monde. Maintenant, je commence à voir les choses différemment, à chérir davantage la liberté. Tu apprends énormément en rencontrant des gens différents, cela te rend plus sensible.


Dans ton nouvel album, il y a une dualité permanente entre le bien et le mal. Elle fait aussi partie de toi ?

Ouais, c'est ma personnalité. Je suis cool mais je peux aussi être nerveux. Parfois j'ai de la compassion, parfois non. C'est ma manière d'être et la manière dont j'ai grandi dans la ville. Et c'est ce que j'ai vraiment voulu transmettre dans cet album.

 

Minneapolis

Brother Ali

Brother Ali, le faux frère de l'Amérique Brother Ali, the bad brother of America

Brother Ali est différent, un peu parce que c'est un albinos barbu de 6 feet 2 inches et 115 kilos, surtout car c'est un rappeur du Midwest américain fiché par le FBI qui va à la mosquée et qui parle du printemps arabe. Portrait en noir et blanc d'un rappeur aveugle qui ouvre grands les yeux sur l'Amérique.
Brother Ali is different, partly because he is a bearded albino of 6 feet 2 and 341.7 pounds, but mainly because he's a rapper from the American Midwest, registered by the FBI, a Muslim who speaks of the Arabic Spring. A black and white portrait of a blind rapper who has wide-open eyes on America.

Tucson

Isaiah Toothtaker

Isaiah Toothtaker, un bon cocktail d'ultra-violence Isaiah Toothtaker, a shot of ultra-violence

Tatoué intégralement, Isaiah Toothtaker revendique 400 bastons à mains nues devant témoin et ne parle pas des autres. Si l'Arizona est ce « putain de Far West » qu'il décrit, le reappeur de Tucson, lui, est l'homme qui sort du saloon avec du sang sur la chemise.
Integrally tattooed, Isaiah Toothtaker claims over 400 witnessed bare-knuckle street fights, and doesn't talk about the others. If Arizona is the "fucking Wild West" he describes, Toothtaker is the man who comes out of the saloon with blood on his shirt.

Philadelphie

Jedi Mind Tricks

"Obama et Romney, c'est Trou du cul 1 et Trou du cul 2" "Obama and Romney are Asshole 1 and Asshole 2"

Surnommé Vin Laden ou Mahmoud AhmaVinejad, Vinnie Paz est à lui seul l'emblème de Philadelphie, ville de Rocky et du Cheese Steack. Surtout, c'est un rappeur qui en sait plus que vous sur le 11 septembre, la CIA et les groupes sanguins des présidents américains.
Also known as Vin Laden or Mahmoud AhmaVinejad, Vinnie Paz is the emblem of Philadelphia, city of Rocky and Cheese steak. Above all, he is a rapper who knows more about September 11, the CIA and American Presidents’ blood types than you do.

Oakland

The Coup

The Coup : Obama est la marionnette de la classe dominante The Coup: Obama is a puppet of the ruling class

Fils de l'avocat des Black Panther, militant politique infatigable, farouche communiste et accessoirement un des meilleurs rappeurs américains des quinze dernières années, Boots Riley - MC de The Coup - livre sa vision du monde en collant des boîtes à Lil'Wayne, Obama et Sigur Ros.
Son of the Black Panther's lawyer, activist for women, Blacks, and workers' rights, also a staunch communist and incidentally also one of the best American rappers of the last fifteen years, Boots Riley shares its vision of the world, cutting Obama, Lil' Wayne and Sigur Ros down to size.

Denver

Sole

Sole contre tous Sole

Derrière cette imposante barbe rousse, un personnage. Sole vit depuis presque 3 ans à Mile-high-city, le petit surnom de Denver. Un mile : une bonne distance pour évoluer au dessus des modes, des courants et pour cracher avec force sur le manège électoral ambiant.
Derrière cette imposante barbe rousse, un personnage. Sole vit depuis presque 3 ans à Mile-high-city, le petit surnom de Denver. Un mile : une bonne distance pour évoluer au dessus des modes, des courants et pour cracher avec force sur le manège électoral ambiant.

Minneapolis

P.O.S

P.O.S : "L'argent baise les gens" P.O.S : "Money fucks people up"

Ancien soutien d'Obama, P.O.S revient aujourd'hui avec les crocs acérés et surine le rêve américain, Barack et tout ce qui ressemble de près ou de loin à de l'argent dans un nouvel album dément. Entretien avec un punk.
Ancien soutien d'Obama, P.O.S revient aujourd'hui avec les crocs acérés et surine le rêve américain, Barack et tout ce qui ressemble de près ou de loin à de l'argent dans un nouvel album dément. Entretien avec un punk.

Los Angeles

Busdriver

Ceux qui l’aiment prendront le bus Back of the bus

Rappeur précoce, ovni génial adepte des contre-pieds et allergique au rap conscient, Busdriver suit la campagne présidentielle avec un paquet de popcorn à la main.
Rappeur précoce, ovni génial adepte des contre-pieds et allergique au rap conscient, Busdriver suit la campagne présidentielle avec un paquet de popcorn à la main.

New York

Joey Badass

Joey Bada$$ : Aujourd'hui, c'était mon dernier jour d'école Joey Bada$$ : I just finished High school today

Joey Bada$$ n'est pas majeur, n'a pas de wikipédia, n'a pas encore sorti de disque et n'a peut-être même pas encore mué. Il a tout le reste. Le flow, la pose, la gueule, et un talent qui sent bon le New York des années 90. Rencontre avec une future légende
Joey Bada$$ n'est pas majeur, n'a pas de wikipédia, n'a pas encore sorti de disque et n'a peut-être même pas encore mué. Il a tout le reste. Le flow, la pose, la gueule, et un talent qui sent bon le New York des années 90. Rencontre avec une future légende

Waco

Polatik

Polatik : Le Tea Party m’a appris l’Histoire des Etats-Unis Polatik & Tea Party

Ancien taulard, ancien athée, ancien démocrate, devenu un « exemple pour sa communauté », chrétien jusqu’au bout des ongles et militant dans ce mouvement né de la crise qu’est le Tea Party,David Saucedo rappe la chemise rentrée dans le pantalon
Ancien taulard, ancien athée, ancien démocrate, devenu un « exemple pour sa communauté », chrétien jusqu’au bout des ongles et militant dans ce mouvement né de la crise qu’est le Tea Party,David Saucedo rappe la chemise rentrée dans le pantalon

Los Angeles

Kendrick Lamar

Kendrick Lamar : Obama a bon coeur Kendrick Lamar : Obama has good heart

Comme une bonne poignée de ses compatriotes américains, y compris Barack Obama himself, Kendrick Lamar a très certainement utilisé une procédure de vote anticipé. Pourquoi ? Parce que ce mardi 6 novembre, le rappeur californien était avec nous dans les salons de l’hôtel Renaissance Arc de Triomphe, à Paris.
Comme une bonne poignée de ses compatriotes américains, y compris Barack Obama himself, Kendrick Lamar a très certainement utilisé une procédure de vote anticipé. Pourquoi ? Parce que ce mardi 6 novembre, le rappeur californien était avec nous dans les salons de l’hôtel Renaissance Arc de Triomphe, à Paris.